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Mona-Lena, je vis entre ici et là-bas. Ce blog est un prétexte pour écrire sur ce qui me meut, ce qui m'inspire, ce que je perçois du monde en utilisant comme support le corps et le textile. Favorable à une mode instinctive et intuitive, je ne suis pas à l'aise avec les tendances et je ne sais absolument pas les « décrypter » ou les prédire. J'évolue également dans un milieu professionnel très éloigné de tout cet esthétisme puisque je suis éducatrice spécialisée dans la protection de l'enfance (titulaire du DEES). Je suis aussi une maman féministe et plutôt universaliste.

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Too young to wed – Stephanie Sinclair – “Toutes les deux secondes, dans plus de 50 pays à travers le monde, une jeune fille est mariée de force à un homme plus âgé”

11 Août Too young to wed – Stephanie Sinclair – “Toutes les deux secondes, dans plus de 50 pays à travers le monde, une jeune fille est mariée de force à un homme plus âgé”

“J’ai été offerte à mon mari quand j’étais petite, je ne me rappelle même plus quand c’était tellement j’étais jeune. C’est mon mari qui m’a élevée”, Kanas, 18 ans, Éthiopie.

Cela faisait quelques semaines que j’en avais entendu parler et je voulais depuis, ardemment, me rendre à l’exposition du travail de Stephanie Sinclair portant princpalement sur les mariages forcées des mineur(e)s. En haut de l’Arche de la Défense, une immense galerie attend de vous instruire quant à la réalité des personnes, le plus souvent des femmes, qui sont mariées avant leur majorité. À travers dix topics, la photographe met la lumière sur la vie, l’histoire ou un fragment de l’existence de Destaye, Addisu, Niruta et tant d’autres.
Stephanie Sinclair commence sur un rappel, nécessaire, la différence entre la théorie du mariage et sa réalité: il ne s’agit pas toujours de l’union consentante de deux adultes qui font le choix de vivre ensemble. Dans certains pays, le mariage des enfants est une tradition. Je ne suis pas très loquace d’ordinaire sur les traditions mais je pense que l’on peut renommer certaines traditions sans être trop jugeant. Ici on parle de pédophilie déguisée en tradition, de viol, d’abus et de maltraitances en tous genres, de féminicides, de violences conjugales, d’asservissement et de soumission féminine. De négation du droit de disposer de soi-même. Je pense que l’on peut sans complexe se permettre de donner son appréciation d’une culture ou d’une tradition (sans même l’avoir expérimentée) à partir du moment où l’on accepte que les nôtres, de cultures et de traditions, soient remises en question aussi. Surtout quand les traditions en question blessent, humilient, traumatisent et maltraitent un être vivant.

 

Faiz, 40, and Ghulam, 11, sit in her home prior to their wedding in rural Afghanistan, Sept. 11, 2005. Ghulam said she is sad to be getting engaged as she wanted to be a teacher. Her favorite class was Dari, the local language, before she was made to drop out of school. Married girls are seldom found in school, limiting their economic and social opportunities. Parents sometimes remove their daughters from school to protect them from the possibility of sexual activity outside of wedlock. It is hard to say exactly how many young marriages take place, but according to the Afghan women’s ministry and women’s NGOs, approximately 57 percent of Afghan girls get married before the legal age of 16. In addition, once the girl’s father has agreed to the engagement, she is pulled out of school immediately. Early pregnancies also result in an increase in complications during child birth.

 

Le mariage des enfants existe dans de nombreux pays du globe sur divers continents. Ce n’est pas l’apanage de l’Afrique ou de l’Asie. L’Amérique aussi, du Sud et du Nord font état de mariages avant la majorité, contraints qui plus est. La plupart du temps, ce sont les familles très pauvres qui vendent/marient leurs enfants, le plus souvent leurs filles, car une fille est une bouche en plus à nourrir et que l’on peut retirer de l’argent de son mariage (dot).

 

 

Certaines, mais elles sont rares, filles pourront continuer d’aller à l’école bien qu’elles aient été mariées, comme c’est le cas de Destaye dont le mari, Addisu est le prêtre du village et lui a donné l’autorisation de poursuivre ses études. Destaye n’avait pas encore 15 ans lorsqu’elle a été mariée à Addisu qui en avait 23. Ils auront d’ailleurs leur premier enfant alors qu’elle a 15 ans, et Addisu confiera que les gens du village se moquent de lui car il laisse son épouse aller à l’école. Un temps. Destaye et Addisu souhaitent que leurs enfants ne se marient qu’une fois leurs études terminées. Mais ce que met en avant cette exposition c’est le caractère précaire de ces décisions. Si la tradition et la culture pèsent fortement dans la balance il semble que ça soit la situation financière des parents qui prime largement.

 

Addisu, 23, and Destaye, 11, are married in a traditional Ethiopian Orthodox wedding in the rural areas outside the city of Gondar.

 

Stéphanie Sinclair nous rappelle que l’immatûrité physique et physiologique des jeunes-filles mariées et violées en passe de devenir mères peut créer de grands traumatismes physiques et les handicaper lourdement (fistules) dans leur vie quotidienne. Sans parler des manques de soins dans l’accompagnement, ou non, de la grossesse et de l’accouchement.

 

 

Elle explique, à travers les portraits d’Aracely et d’une autre femme dont je ne retrouve pas le nom que le mariage ne dure que tant que l’homme le décide. Il n’est pas rare que l’époux abandonne sa femme avec ses enfants pour des raisons qui n’appartiennent qu’à lui. Les épouses subissent pour certaines des actes de torture et de barbarie voire des meurtres de la part de leur conjoint, comme c’est le cas de Jamila, 15 ans, vivant à Kandahar, mère de deux enfants, poignardée par son mari parce qu’elle lui avait désobéit. Il a été arrêté par une policière, lorsque Stephanie Sinclair lui a demandé quelle serait sa peine, elle a répondu: “Rien, ici l’homme est roi”. J’essaie de rester aussi factuelle que possible à l’écriture de cet article mais je me consume de rage et d’impuissance à l’intérieur de moi. Parfois, ces femmes et ces adolescentes tentent de se suicider afin d’échapper à leur(s) bourreau(x), comme c’est le cas de Marzia, 15 ans, qui a tenté de s’immoler car elle avait peur de la réaction de son mari quand il verrait qu’elle avait cassé le poste de télévision. Je ne parle pas de Ritu, 21 ans, le visage défiguré par une attaque à l’acide lancée par son cousin. Je ne parle pas de Bibi Aisha qui avait 6 ans lorsque son père l’a offerte à un taliban pour compenser un meurtre commis par sa famille (pratique du baad). Elle est mariée à 16 ans et subit des maltraitances, elle s’enfuit à 18 ans mais est retrouvée par la police et rendue à sa famille. Les hommes de sa famille (dont son époux et son beau-père) l’abandonne dans les montagnes après lui avoir tranché le nez et les oreilles, la laissant pour morte.

 

Kandahar policewoman Malalai Kakar arrests a man who repeatedly stabbed Jamila, his 15-year-old wife and mother of his two children after she disobeyed him. When asked what would happen to the husband for this crime, “Nothing,” Kakar said. “Men are kings here.”
Policewoman Kakar was later killed by the Taliban.

 

In a practice known as baad, Bibi Aisha’s father promised her to a Taliban fighter when she was 6 years old as compensation for a killing that a member of her family had committed. She was married at 16 and subjected to constant abuse. At 18, she fled but was caught by police, jailed and then returned to her family. Her father-in-law, husband and three other family members took her into the mountains, cut off her nose and her ears, and left her to die. “I was a woman exchanged for someone else’s wrongdoing. [My new husband] was looking for an excuse to beat me.”

A young sex worker named China sits stunned after being beat up by a client. Many of the girls who run away from child marriages end up trafficked to brothels where they often face intense violence.

 

 

Aracely, 15, holds her infant. “What I hope is to keep moving forward… to see how I can get my boy ahead. The hard thing, maybe… when he gets older and he leaves… that’s when is going to be hard for me. When he is older. Because he is the one who will help me get ahead.”
Aracely is one of the half a million of Guatemalan girls who marry and give birth before they can legally vote, drink, or buy cigarettes. According to a 2012 UN Population Fund survey, 30% of Guatemalan women aged 20-24 were married by 18, and that number may be even higher in rural areas. Teenage births are so common that there’s even a law requiring mothers under 14 to have C-sections, because their hips are too narrow to give birth.

 

“Le mariage des enfants n’est pas autre chose qu’une autorisation d’exploitation et d’abus sexuel des enfants cautionnée par la société. Dans les villages en Afghanistan, après plus de trois décennies de guerre, de nombreuses familles imposent le mariage à leurs filles afin de les protéger du risque d’enlèvement et de viol. Mais du point de vue de la fille, la réalité est à peine différente, excepté que ce sont ses parents qui choisissent l’homme qui abuse d’elle selon un accord acceptable aux yeux de la société: l’honneur de la famille est sauf et, soi-disant, la fille est protégée.”

Niruta est la femme que l’on suit à travers l’histoire d’un mariage forcé au Népal, un pays pauvre “qui a toujours connu au taux de mariages précoces élevé: 41% des filles et 11% des garçons sont mariés avant l’âge de 18 ans.” On découvre que les catastrophes naturelles peuvent alimenter ce cercle vicieux qu’est celui du mariage précoce. Ici, le tremblement de terre de 2015 a réduit à l’état de pauvreté extrême beaucoup de familles qui ont alors dû marier leurs enfants avant même qu’ils n’aient atteints leur aturité physique ou affective. Niruta et son époux Durga se sont mariés vers 13 et 15 ans et ont aujourd’hui trois enfants. Durga veut que ses enfants aillent à l’école, pourtant, le séisme qui a ravagé leur maison les a enfoncés plus profondément dans la précarité, ils ont du vivre avec leurs animaux dans l’étable et peut-être que, pour faire survivre leur famille, ils auront besoin de faire travailler leurs enfants ou de les marier.

Maya, 8, and Kishore, 13, pose for a wedding photo inside their new home the day after the Hindu holy day of Akshaya Tritiya, or Akha Teej, in Rajasthan, India on April 29, 2009.

 

Bishal, 15, accepts gifts from visitors as Surita, 16, sits bored at her new home Kagati Village, Kathmandu Valley, Nepal on Jan. 29 ,2007. Early marriage is a harmful traditional practice common in Nepal. The Kagati village, a Newar community, is most will known for its propensity towards this practice. Many Hindu families believe blessings will come upon them if marry off their girls before their first menstruation.

 

Kaushal and Rajni are seen during their marriage ceremony early in the morning in Rajasthan, India on April 28, 2009.

 

Le mariage forcé est ausi un acte de guerre, j’ai pu voir de nombreux portraits de jeune-femmes enlevées à leurs familles par Boko Haram pour être mariées aux combattants du groupe. Il était expliqué par ailleurs que lorsqu’elles parviennent à s’enfuir, elles ne peuvent pas toujours regagner leurs familles car celles-ci les soupçonnent de soutenir désormais Boko Haram. Si vous en avez entendu parler ce n’est certainement que grâce au mouvement #BringBackOurGirls qui s’est crée après que 276 lycéennes nigérianes aient été enlevées en 2014 à Chibok.

Il est important de se rappeler que le mariage précoce est une affaire de tradition, de culture, d’argent mais aussi de religion, comme c’est le cas aux États-Unis, où l’Église fondamentaliste de Jésus-Christ des saints des derniers jours (FSDJ aux USA) a marié avant l’âge légal des adolescents au sein de leur communauté/secte/whatever. En 2008, les forces de police et les services de protection de l’enfance ont évacué plus de 400 mineurs et arrêté Jeff Warren (entre autre) accusé d’éduqué les jeunes-filles pour en faire les épouses de dignitaires du groupe. Dans les autres chefs d’accusation on comptait aussi les rapports sexuels et la procréation avec des mineurs. D’un point de vue législatif dans tous les états des USA l’âge légal pour le mariage est 18 ans, mais des exceptions peuvent s’appliquer en accord avec les parents ou la justice. Dans le New Hampshire ou le Massachusetts cette exception peut se faire à partir de 12 ans.

Il est difficile de parler de la tradition du mariage forcés sans évoquer une autre maltraitance, qui elle, tient davantage de l’acte de torture et de barbarie: l’excision. “Aucune raison, aucun argument, ni d’ordre religieux ni d’ordre médical, ne saurait justifier l’excision”. Je ne vais pas citer ou paraphraser tout le texte qui aborde le sujet de l’excision dans le livre ouvrage-photo de Stephanie Sinclair. Là encore, il faut rappeler que l’excision n’existe pas qu’en Afrique, mais aussi en Indonésie. J’ajoute aussi qu’il est de bon ton qu’on ne compare pas toutes les mutilations génitales entre elles (même si toutes ont leur importance dans la considération de la souffrance et de l’impact sur le quotidien), si la circoncision en est une, l’excision représenterait pour l’homme l’ablation complète du pénis (mon avis vaut que l’on n’a pas le droit d’avoir un tel impact sur le corps de notre enfant au point de le modifier, de la même façon qu’on ne le pierce pas, qu’on ne le tatoue pas, qu’on ne le mutilse pas). En Indonésie, certaines filles excisées n’ont même pas cinq ans, là, on ne peut parler de rite initiatique vers la condition de femme adulte.

 

C’est une exposition qu’il est difficile de faire jusqu’au bout, je trouve. La souffrance, figée ainsi sur le papier glacé, agrandie par millions de pixels, d’une qualité photographique aussi pure est insoutenable. La violence subie par ces enfants, garçons mais surtout filles, est celle des adultes, celle des traditions mais aussi d’un système économique effroyable. Je me demande dans quelle mesure on pourrait inverser la tendance si ces pays sous-développés avaient toute la lattitude pour s’auto-suffire et si nous ne pillons pas sans cesse leurs ressources. Peut-être les peuples seraient moins pauvres et reconsidèreraient l’inutilité du mariage des enfants? D’un point de vue pécunier tout du moins. Car il est certain que seules des campagnes de sensibilisations des villageois peut réellement faire changer les mentalités, pour cela, il faut resituer l’enfant au centre de sa vie et de ses futures décision d’adultes, inculquer le respect et l’égalité autant que l’équité. C’est tout un travail de déconstruction des croyances qui est engagé.

Stephanie Sinclair a crée l’association Too Young To Wed (TYTW), un partenaire idéal dans la lutte contre les mariages forcés et dans leur compréhension. D’ailleurs, TYTW en partenariat avec des ONG a reconstruit l’école et des maisons rasées par le séisme au Népal. De plus, TYTW a aussi offert uen bourse d’étude pour 25 enfants pour plusieurs années aux enfants du village de Durga et Niruta, dont leurs enfants. Beaucoup d’actions et d’ateliers divers ont été menés.

Je vous recommande chaudement cette exposition, j’ai essayé de synthétiser au maximum, mais il y a énormément à apprendre, à voir, à comprendre.

Quelques liens utiles:

Le lieux de l’expo La Grande Arche

Le site de Stephanie Sinclair

La Fédération GAMS

Et enfin un article sur la TeamRestorers <3 

Les légendes viennent du site de Stephanie Sinclair sur lequel j’ai pris les photos. J’ai acheté le livre de l’exposition pour pouvoir être la plus précise possible sans paraphraser pour cet article. Les vidéos viennent aussi du site de la photographe. 

Photographie de Une: “Whenever I saw him, I hid. I hated to see him,” Tahani (in pink) recalls of the early days of her marriage to Majed, when she was 6 and he was 25. The young wife posed for this portrait with former classmate Ghada, also a child bride, outside their mountain home in Hajjah. Nearly half of all women in Yemen were married as children. Every year, throughout the world, millions of young girls are forced into marriage. Child marriage is outlawed in many countries and international agreements forbid the practice yet this tradition still spans continents, language, religion and caste.

Musique

4 Comments
  • GILLETTE-FAYE Isabelle
    Posté à 19:29h, 12 août Répondre

    Merci beaucoup ! La Fédération nationale GAMS

  • Poppy
    Posté à 12:24h, 14 août Répondre

    Wow…

    • Instable Mona-Lena
      Instable Mona-Lena
      Posté à 13:29h, 14 août Répondre

      J’en suis ressortie en me disant “mais comment tu peux te plaindre de quoique ce soit?”. Puis j’ai resitué, on se plaint en fonction de notre mode de vie, c’est légitime, mais ça me fait grandement relativiser. Dommage qu’il y ait besoin de ça. Je pense que le plus dur ici c’est de respecter l’auto-détermination. À nous de mettre à disposition nos moyens pour qu’ils s’en servent et créent leurs propres outils pour faire reculer l’oppression.

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