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Mona-Lena, je vis entre ici et là-bas. Ce blog est un prétexte pour écrire sur ce qui me meut, ce qui m'inspire, ce que je perçois du monde en utilisant comme support le corps et le textile. Favorable à une mode instinctive et intuitive, je ne suis pas à l'aise avec les tendances et je ne sais absolument pas les « décrypter » ou les prédire. J'évolue également dans un milieu professionnel très éloigné de tout cet esthétisme puisque je suis éducatrice spécialisée dans la protection de l'enfance (titulaire du DEES). Je suis aussi une maman féministe et plutôt universaliste.

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The handmaid’s tale – La série qui retourne le cerveau

22 Juin The handmaid’s tale – La série qui retourne le cerveau

J’aurais pu vous parler de la série The handmaid’s tale dans la rubrique culture du mois de Juin mais je ne pouvais m’y résoudre. Je ne suis pas une grande séries addict, mais je reconnais que certaines ont eu un grand impact sur moi, au fil des ans. Depuis Xena la guerrière en passant par Buffy contre les vampires, Skins, Hannibal ou The L word, j’aime les séries qui me touchent en plein cœur, qui font jouir mon cerveau. C’est ce que dit Luke, d’ailleurs, dans Skins “You make my brain cum, my heart jump and my prick hard.” 
The handmaid’s tale c’est exactement ça.
La série s’inspire du roman La servante écarlate de Margaret Atwood, une dystopie proprement effrayante car, bien qu’écrit dans les années 80, elle s’inscrit complètement dans notre ère actuelle, notre siècle, notre décennie, c’est demain.
L’histoire se déroule aux USA, la ville exacte n’est plus citée, et quand bien même, toutes ont changé de nom et celle-ci s’appelle Gilead. La fertilité mondiale semble être au point mort il n’y a plus de naissances. Pour remédier à cela, un groupe religieux s’empare du pouvoir dans le pays et réorganise l’entièreté de la société. On découvre alors, entre autre chose, un ordre de femmes, elles sont labellisées et doivent respecter les règles propres à leurs conditions. Les Épouses sont les maîtresses des maisons, les Marthas entretiennent les maisons et les Servantes ne servent qu’à la reproduction. Le monde dans lequel évoluent les personnage est scandaleusement phallocratique et théocratique, un monde de tricheurs et de dictateurs dans lequel les plus dominés semblent n’avoir aucune possibilité de liberté sinon celle, très limitée dans le temps de la soumission. On découvre comment tout cela s’est mis en place et comment « nous ne nous sommes pas réveillés », lentement, insidieusement. Ils n’y ont pas cru, ça a semblé trop gros, trop impossible, inimaginable.

« Now I’m awake to the world. I was asleep before. That’s how we let it happen. When they slaughtered Congress, we didn’t wake up. When they blamed terrorists and suspended the Consitution, we didn’t wake up then, either. Nothing changes instantaneously. In a gradually heating bathtub, you’d be boiled to death before you knew it. » Offred

On découvre la vie de June « Offred » avant sa capture et pendant sa détention dans la maison des Waterford. Là, elle doit se contraindre à la Cérémonie, un viol très ritualisé censé permettre la procréation et réaliser la volonté de Dieu en offrant à ses maîtres une descendance. La vie entière d’Offred est ritualisée, tout est mis en place pour garder les uns et les autres sous contrôle et pourtant on découvre rapidement quel marché noir il y a et comment ceux-là même qui ont instauré ces lois les contournent assidûment pour leur propre plaisir. Les Servantes, vêtues de pourpre, comme pour rappeler le sang de la vie, celle qu’on donne et celle qui ne vient pas, sont formées par Tante Lydia, véritable tyran empreint d’une affection maternelle et d’une cruauté implacable à leur égard avant d’être envoyées chez leurs maîtres. J’ai poussé des cris d’horreur devant les châtiments infligés, j’ai juré et sursauté, j’ai pleuré devant l’injustice, devant l’imposition de la volonté de certains au plus grand nombre.

Aunt Lydia: Moira?
Moira: Are you saying we will be having intercourse with the men between the wive’s legs?

Ce qui frappe avec the Handmaid’s tale c’est l’absence de la solidarité féminine dont nous bassinent les romans et les magazines depuis toujours. Là, l’empathie entre les femmes est morte, au sein même des Servantes, lorsqu’un mouvement de groupe et de congruence naît, il semble mourir aussitôt devant la crainte du châtiment. Les Épouses cautionnent les rituels et les règles dégradantes, humiliantes, que subissent les Servantes, elles s’astreignent même à les appliquer avec un certain détachement. Pourtant, au fur et à mesure de cette première saison on remarque que Serena Waterford semble dépassée par ces lois qu’elle a elle-même co-rédigées. Elle n’a finalement qu’une seule obsession : avoir un enfant. Ses réflexions et sa façon de vivre la vie le régime qu’elle a aidé à monter est extrêmement intéressant car on la sent passer par des émotions toutes contradictoires. À l’inverse, son époux semble relativement à l’aise avec ce monde qu’il dirige, Gilead, puisqu’il s’autorise à contourner les lois comme ça lui chante. On sent, à travers ses gestes envers Offred qu’il a conscience de ce qui peut manquer aux Servantes, dans une certaine mesure. Ses attentions seraient presque celles d’un sugar daddy, persuadé d’offrir ce qu’il y a de plus beau, de plus exclusif et de plus désiré à une femme dont il ne connaîtrait rien des aspirations. Je dis presque car le consentement n’a pas sa place dans la relation qui existe entre Offred et Fred Waterford (vous remarquerez que la servante porte le nom de son maître littéralement Of Fred).

Doctor: You’re ripe, right on schedule. Doesnt’ really matter. Waterford’s probably sterile. Most of those guys are.
Offred [in her head]: Sterile. That’s a forbidden word. There is no such thing as a sterile man anymore. There’s only women who are fruitful and women who are barren.
Doctor [whispers, hands on her knees]: I can help you. It could be the only way for you. If Waterford can’t get you pregnant, they won’t blame him, it will be your fault. He reveals his face. It will only take a few minutes, honey.
Offred: I can’t. It’s too dangerous. Thank you.

Les personnages, tous autant qu’ils sont livrent une performance très intéressante et complète, on est tout autant intrigués (Nick), révoltés (Aunt Lydia), circonspect (Serena Waterford) fascinés (Ofdaniel/Ofwarren) ou inquiets (Luke). Si certains ont trouvé la série lente, pour ma part c’est ainsi que j’aime les séries (comme Hannibal), la lenteur confère des qualités de minutie et de précaution et les séries donnent l’opportunité que n’offrent pas les films de prendre le temps d’instaurer et de présenter les choses tout en faisant vibrer l’intrigue.


D’un point de vue esthétique la série est tout autant agréable qu’insupportable à regarder, il y’a beaucoup de duos ou de trios de couleurs qui flattent la rétine autant qu’ils appuient l’horreur des scènes. Le rouge, le blanc et le noir dominent créant une série lumineuse et insidieusement obscure.

The handmaid’s tale semble naître du domaine de la lutte davantage que de celui de la littérature. La série de Hulu sonne comme un avertissement « rien, jamais, n’est acquis, et certainement pas nos libertés ». Concrètement, cette série m’a fait mal, elle m’a fait peur et elle a parfaitement fonctionné dans le sens où elle a lardé de coups de fouet mon esprit militant et humaniste. Elle a appuyé sur la question que je me pose souvent depuis deux ans «vers quoi allons-nous ? »
Et j’ai pensé « toutes ces vies gâchées, ces familles brisées » comme lorsque je parle de la guerre, cette guerre lointaine et qui semble ne pas nous toucher. J’ai pensé « si cela venait arriver, me battrais-je ? Me suiciderais-je ? » Quelle est l’alternative, quelles sont nos options lorsque, finalement, il est trop tard pour décider ?
C’est difficile de décrire une telle série, surtout sans avoir lu le livre, aussi je vous encourage à lire cette critique, superbement bien écrite. Et regardez-la, la série.

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Photographie de Une: The handmaid’s tale produite par Hulu.

Musique

2 Comments
  • La Rousse Bouquine
    Posté à 10:04h, 06 juillet Répondre

    J’avais étudié le roman à l’université et j’avais adoré mon cours qui m’avait déjà d’un façon ou d’une autre fait froid dans le dos. Je suis ravie de voir qu’aujourd’hui les gens s’y intéressent grâce à la série.
    C’est pour moi une réussite, même si les réalisateurs ont pris un peu trop de libertés par rapport au roman à mon goût !

  • Labrique
    Posté à 01:11h, 09 juillet Répondre

    Très bon article, une future lecture peut-être ?

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