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Mona-Lena, je vis entre ici et là-bas. Ce blog est un prétexte pour écrire sur ce qui me meut, ce qui m'inspire, ce que je perçois du monde en utilisant comme support le corps et le textile. Favorable à une mode instinctive et intuitive, je ne suis pas à l'aise avec les tendances et je ne sais absolument pas les « décrypter » ou les prédire. J'évolue également dans un milieu professionnel très éloigné de tout cet esthétisme puisque je suis éducatrice spécialisée dans la protection de l'enfance (titulaire du DEES). Je suis aussi une maman féministe et plutôt universaliste.

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“Nous sommes nos choix”, Jean-Paul Sartre

28 Avr “Nous sommes nos choix”, Jean-Paul Sartre

Je pense que l’on a toujours toutes les bonnes raisons d’être pour ou contre quelque chose. De toute façon, les raisons sont toujours les bonnes à partir du moment où ce sont les nôtres.

Les personnes qui se prononcent en défaveur du droit à l’avortement ont certainement, donc, d’excellentes raisons de penser ainsi, même si leurs arguments, d’un point de vue scientifique et statistique, souvent, sont erronés.

Je suis pour le droit à l’avortement, je suis pour que les être humains disposent de leur corps, intégralement, comme ils l’entendent, je suis pour que les femmes ne s’inféodent pas à ce qui est alors un amas de cellules, vivantes, en construction, sans conscience. Je suis pour qu’elles choisissent. Je suis pour qu’elles en parlent ou gardent cela pour elles, scellé comme un secret, à jamais. Je suis pour qu’elles partagent et dialoguent avec le co-concepteur, si elles en ont besoin. Je suis pour que les co-concepteurs en parlent aussi, s’ils en ont besoin. Je suis pour qu’ils prêtent une oreille attentive. Je suis pour le respect et le choix. Choisir le mot de co-concepteur ça regroupe le père potentiel, l’homme, le compagnon, le mari, l’inconnu ou le bourreau.

J’ai fait ce choix un jour. Un choix réfléchi, le meilleur choix à une époque donnée, un choix intelligent, le meilleur choix pour moi et mon unité familiale. Un choix que je respecte toujours et qui me semble toujours être le bon, le plus sain. Un choix aussi, qui me fait souffrir souvent, très souvent. Un choix qui me rend triste. Un choix qui parfois me ferait presque dire « je regrette » alors que non, je le sais, je ne regrette pas. Un choix qui me donne envie de demander pardon à ce potentiel futur bébé que j’ai choisi de ne jamais rencontrer, alors qu’il n’en était même pas encore un. Même pas un fœtus. Un embryon. J’ai envie de dire que je suis désolée de ne pas l’avoir laissé intégrer notre famille mais que nous étions trop instables, trop en construction et moi bien trop peu présente pour lui faire la place qu’il aurait assurément mérité. Chacun de mes choix antérieurs a conditionné mes choix postérieurs. Et continuent de le faire. C’est ce choix-là, celui de l’amertume d’une nouvelle grossesse trop vite arrivée, et écourtée, qui m’a fait dire que jamais, non, vraiment, jamais, je n’aurai d’autre enfant que celui que j’élève aujourd’hui. Car même si ce choix résultait d’un moment précis, d’un temps T, pourquoi un autre aurait-il le droit d’être, là où lui n’a pas pu ? J’ai envie de lui demander pardon, tout le temps, je tente de me justifier en pensée, parfois, pourtant je continue de trouver mes raisons bonnes, pour l’époque. Je sais que ce discours que j’ai de moi à moi-même est induit par le fait que j’ai déjà un enfant, que j’ai une famille, qu’elle est construite et que cet autre embryon, indiquait un petit frère ou une petite sœur, la continuité, la suite de notre famille. Et j’ai été terrifiée de voir la frustration de mon absence, de mon métier, du peu de temps dont je disposais pour élever mon fils s’agrandir, augmenter avec l’arrivée d’un autre enfant, qui m’aurait d’autant plus frustrée. Ma peur, ma tristesse et toutes les bonnes raisons du papa. Aussi importantes que les miennes.

Un choix particulier, propre à une personne particulière dans un contexte particulier. C’est véritablement le cas de toutes les femmes qui ont avorté, qui avortent et qui avorteront. Leur choix particulier, dans un contexte particulier, et cela n’appartient qu’à elles. Qu’elles y reviennent en pensée, souvent, ou jamais, qu’elles en tirent des larmes ou la forte conscience d’avoir fait ce qui devait être fait, qu’elles regrettent ou ne regrettent jamais, elles vivent avec. C’est tout. C’est un acte de la vie d’une femme, d’un couple, d’une famille dont elles doivent être les seules à ouvrir la porte si elles le décident.

Il est essentiel, toutefois, aux détracteurs du droit à l’avortement qu’il soit rappelé que faire ce choix ne résulte pas forcément d’une insouciance contraceptive, il s’agit au contraire, bien souvent d’un défaut dans le fonctionnement du contraceptif (dans mon cas une grossesse sous pillule puis une autre sous DIU). D’autant que l’un des contraceptif le plus fiable, l’implant, est très mal supporté par une large partie de la population féminine. Il est important de rappeler que les femmes, jeunes ou moins jeunes qui font ce choix, le font en toute conscience, si elles le font c’est qu’elles savent que cela est mieux pour elles ou pour le potentiel bébé. Il est mieux de savoir que des femmes préfèrent éviter des années de souffrance, d’absence ou des carences à un enfant dont elles savent qu’elles ne pourront s’occuper correctement, que de faire venir au monde un enfant qui ne pourra bénéficier de tout ce dont il a besoin. Certaines penseront qu’elles n’en sont pas capables et décideront de mener à terme leur grossesse, se surpassant, faisant d’elles des êtres de sublimation pour donner tout ce qu’elles peuvent donner à cet être dont elles ne se sentaient pas capables d’assurer la charge. D’autres penseront faire de même et échoueront. Selon quels critères ? Ceux des psychologues, des puéricultrices/teurs, des éducateurs/trices, des juges.

Consitutionnaliser le droit à l’avortement c’est reconnaître, pour toujours, responsables, les femmes dans leur sexualité, leur santé et leur vie familiale. Toutes les femmes, et pas seulement les jeunes comme on peut le lire trop souvent qui sont la cible de remarques âgistes dans lesquelles elles sont toutes dévergondées et insouciantes. L’avortement concerne toutes les cases socio-professionnelles, toutes les tranches de la population féminine, y compris homosexuelle, cela concerne tous les âges féconds aussi. On ne doit pas les culpabiliser, car s’il existe autant de bonnes raisons d’avorter, rares, très rares seront celles qui y auront recours à maintes reprises dans leur vie. Assumé ou non, déterminé ou flou, ce choix est tout de même rarement fait de gaîté de cœur. Le banaliser pour en parler, oui, nous le devons, car il nous faut sortir, impérativement, de la sacro-sainte reproduction et libérer la parole. Pour cela, nous devons associer les hommes à ce sujet, car il s’agit de santé publique, de société et que cela les concerne aussi dans une certaine mesure. Il faut sortir du tabou, définitivement, il faut pouvoir en parler, non comme quelque chose d’anodin, mais comme un sujet qui peut, si elle le veut, la femme, le partager.

Enfin, je continue de penser que ce que font les autres de leur corps ne regarde vraiment qu’eux. J’estime que les personnes anti-avortement peuvent appliquer leurs propres principes sur eux-mêmes mais n’ont pas à tenter de légiférer ou d’interférer dans la vie d’inconnus. Ça me semble être la plus élémentaire règle de vie en groupe.

En parler, continuer les campagnes de prévention, ne va pas mener à plus d’avortements, mais à plus de précautions, au contraire, plus de propositions aussi, en matière de contraceptif. Et ces dialogues doivent aussi s’orienter vers les professionnels soignants, dont la plupart des femmes ont tant à dire. Les pratiques et les discours doivent être davantage formés, pour déculpabiliser les femmes des choix qu’elles font.

Je me suis sentie coupable, de faire ce choix, avorter, à la période même où ma meilleure amie était enceinte et attendait son premier enfant, elle venait à peine de m’annoncer sa grossesse. À une période où une autre amie proche essayait déjà de concevoir avec son compagnon, sans succès. Trois femmes, trois amies, et trois situations différentes, à des années lumières les unes des autres. Je n’aurais pas dû me sentir coupable, ne pas vouloir d’enfant et avoir la possibilité d’en avoir alors que d’autres n’y arrivent pas et le désirent ardemment fait partie de ce que l’on appelle couramment les injustices de la vie. Oui, ce n’est pas juste. Mais ça ne doit pas conditionner nos choix. On ne choisi pas par rapport aux autres, on le fait par rapport à soi.

JE, me sens coupable, ça ne regarde que moi, mais je refuserais que l’ON me fasse me sentir coupable. Moi et toutes les autres.

Photographie de Une: Instagram

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