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Mona-Lena, je vis entre ici et là-bas. Ce blog est un prétexte pour écrire sur ce qui me meut, ce qui m'inspire, ce que je perçois du monde en utilisant comme support le corps et le textile. Favorable à une mode instinctive et intuitive, je ne suis pas à l'aise avec les tendances et je ne sais absolument pas les « décrypter » ou les prédire. J'évolue également dans un milieu professionnel très éloigné de tout cet esthétisme puisque je suis éducatrice spécialisée dans la protection de l'enfance (titulaire du DEES). Je suis aussi une maman féministe et plutôt universaliste.

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Non, définitivement, je ne trouve pas ça fun d’être enceinte. Je ne me sens pas plus épanouie, j’ai perdu en confiance en moi, côté féminité, pouvoir d’attraction, tout ça.

17 Juil Non, définitivement, je ne trouve pas ça fun d’être enceinte. Je ne me sens pas plus épanouie, j’ai perdu en confiance en moi, côté féminité, pouvoir d’attraction, tout ça.

Mon petit garçon a eu deux ans, il y a quelques jours. Et je me suis souvenu de ce que j’avais écrit sur ma grossesse, sur la façon que j’avais eu de la vivre. Retour du 6 Mars 2015.

Je me penche enfin sur quelque chose que mes copines m’ont demandé il y’a déjà quelques temps : raconte-nous, être enceinte, sans langue de bois. Elles veulent la pure vérité, loin des témoignages fleuris de fémina.com et des autres sites dédiées aux femmes (sites qui sont faits pour détruire les femmes selon moi et leur permettre de bien comprendre combien elles sont éloignées de la norme, Arg ! Je m’égare déjà!). Le truc c’est que toutes les grossesses sont différentes et se vivent, se ressentent différemment, pas besoin d’être enceinte pour le savoir. Alors je ne vais pas raconter « être enceinte » au nom de toutes les femmes, mais juste comment moi je l’ai vécu, même s’il y’aura parfois du « on » et du « tu », finalement ce n’est que « je » du début à la fin. Je ne parle pas non plus au nom du père, je trouve assez difficile de s’en sortir dans ce que l’on pense et ce que l’on ressent côté femme, je n’ose imaginer à quel point ça doit être compliqué, décontenançant, et toutes les autres émotions possibles du côté du père.

La grossesse… Tout dépend de…tout en fait. En ce qui me concerne, le baby n’était pas prévu. Est-ce que ça veut dire qu’il n’était pas voulu ? Pas forcément. Comme le dit mon amie Ju «ouais ouais… les actes manqués… ». Je ne cache pas que j’ai toujours voulu devenir mère, jeune. Système familial ancré. Je ne cache pas que je n’ai pas toujours été très consciencieuse sur la prise du smarties magique de vingt heures. Dans mon cas donc, le bébé est une surprise. Je venais de commencer des cours par correspondance sur lesquels je bossais deux heures par jour en plus de mon travail salarié d’éduc en internat. J’ai mis un peu de temps à comprendre que ma fatigue, mes maux de dos, mon mal-être physique en somme n’étaient pas forcément dû à mon changement de rythme quotidien. J’ai mis du temps à me souvenir de mes dernières règles, je n’ai jamais fait attention, elles arrivent un peu quand elles veulent, de manière totalement irrégulière. Ce qui m’a le plus intrigué c’était mes seins. Mes minuscules petits seins avaient subitement gonflé. Ils étaient plus ronds, plus bombés, plus gros en fait. Je me souviens avec le recul que je pouvais passer dix minutes à les mater et les toucher dans le miroir de la salle de bain. Le doute. Les questions. Et si… ? Un test, deux traits, c’est très pâle, certainement pas fiable. La semaine d’après, deuxième test d’une autre marque, deux traits, un peu plus précis. Deux jours après, un autre test, encore une autre marque, au cas où. C’est p’tet fabriqué en Chine ces merdes. Deux traits, nets. Ah bon. Je ne vais pas vous faire croire que ça m’est sorti de l’esprit, mais j’ai décidé de ne pas y penser pendant quelques jours. J’y revenais de temps en temps, mais sans que ça m’émeuve plus que ça. Et puis je me suis souvenue qu’à l’époque dans laquelle nous vivons, j’avais la possibilité d’une décision à prendre. Quelle drôle d’idée. Ma décision était prise depuis des années, depuis toujours. Avec le respect inhérent aux choix de chaque femme et donc de chaque potentielle mère, pour ma part je me refusais le traumatisme, la pression psychologique que pouvaient occasionner un avortement. Je me disais aussi que je n’avais aucune raison valable, à mes yeux, de ne pas garder ce potentiel œuf.

J’ai été voir mon médecin, là c’est devenu différent, d’un seul coup, quelqu’un d’autre le savait. Bêtement, j’ai craint le jugement de mon médecin traitant. Je ne parle pas d’avis médical, de conseils, de préconisations, j’ai craint son jugement, celui d’une femme, mûre, que je savais mère, envers une autre femme, beaucoup plus jeune, qui pouvait le devenir. Et puis je vis dans le quinzième arrondissement aussi. Sa réaction a été la première caresse du début de cette grossesse. Elle m’a demandé ce que je comptais faire, et son sourire a embarqué tout son visage lorsque je lui ai dit que je voulais mener cette grossesse à terme. Elle m’a félicitée. Pour quoi ? Je ne sais pas trop. Elle disait qu’elle était tellement heureuse de voir une jeune-femme se lancer dans l’aventure, en avoir envie, et qu’elle ne supportait plus ses patientes qui parlait d’avoir un premier bébé âgées de quarante ans. Elle m’a dit que c’était bien, que c’était maintenant qu’il fallait le faire, que ça donne des forces pour la vie, que l’on n’a pas forcément plus vieux. Elle parlait comme une mère épanouie en fait, plus comme mon médecin. Elle m’a préparée, en faisant ça, à le dire à ma mère à moi. Je suis repartie avec mes petites ordonnances pour une prise de sang de confirmation et une écho de datation. Il fallait à tout prix que je rentre chez mes parents, il fallait que je leur dise. En même temps, je ne voulais le dire à personne, je me sentais détentrice d’un trésor inestimable, d’un secret incroyable, dont tout le monde se fout au demeurant, mais qui ne devait jamais être dévoilé sous peine de perdre de son éclat.

Je suis rentrée chez mes parents un peu en mode forcing, épuisée. Affamée. Le soir, j’ai quasi exigé du cassoulet. Ah, ça commence, ça va ressembler à ça ? D’ailleurs j’ai mangé non-stop du cassoulet pendant trois semaines après. Flageolets cuits dans la graisse d’oie, haricots rouges, verts, blancs, dans de la sauce tomates, etc… Je n’en ai pas encore remangé depuis, j’en suis profondément écœurée pour le moment.

Le week-end où je suis rentrée chez mes parents j’ai coincé ma mère dans ma chambre en mode « il faut que je te montre un truc ». Je lui ai tendu mes deux ordonnances. Elle n’a pas tout de suite tilté « échographie obstétrique », on peut en faire sans être enceinte, d’ailleurs, à cette époque précisément, ma sœur avait sa propre ordonnance d’écho aimantée au frigo (trop classe), et ça n’avait strictement rien à voir avec une grossesse. En-dessous il y’a écrit au crayon bic « datation » par mon médecin, mais elle ne tilte toujours pas. En regardant la seconde ordonnance elle voit « recherche de la toxoplasmose, rubéole, etc… » et là, ses yeux s’agrandissent. Elle a un sourire un peu figé sur le visage. Silence. Elle me dit « bon… ». Silence. « C’est une bonne nouvelle pour toi ? », je hoche la tête. « Eh bien, si c’est une bonne nouvelle pour toi, c’en est aussi une pour moi ». Typiquement, voilà un peu le genre de mère que je tends à devenir. Elle m’a dit qu’elle m’emmènerait au labo le lendemain, elle est sortie, silence. En fait, ma mère a mis une semaine à passer le choc. Elle n’arrivait pas à se concentrer au boulot, elle y pensait tout le temps. Devenir grand-parents, encore un autre processus qu’il doit être très intéressant d’analyser. Je passe sur le moment de l’annonce au futur papi, et surtout au papa,non pas que ça ne soit pas intéressant, mais c’est surtout très personnel. À ce stade, ça touche au couple conjugal, pas au couple parental, pas encore.

Résultats positifs, sept semaines. Ah déjà ? Et puis arrêt maladie. Impossible de me lever, malade, courbaturée, bloquée du dos. Pendant une semaine je dormais dix-sept heures par jour et ne me levais que pour manger du cassoulet. Me plonger dans mes cours était impossible. Mon médecin m’avait dit que c’était normal, qu’en Décembre je péterai la forme à la fin du premier trimestre et que, je cite « je les coucherai tous ». C’était sans compter mon rythme de mémé. En tout cas, pendant deux mois j’étais fatiguée, j’avais tout le temps mal au dos, aux reins. Mais j’ai quand même réussi à passer quatre jours à Londres. Je n’avais jamais été aussi fatiguée physiquement de toute ma vie, aussi lasse. Je faisais des chute de tension à répétition, tombant dans les pommes à la boulangerie, à la caisse du Monoprix, dans le tramway, etc…

Au fur et à mesure, mon ventre a commencé à s’arrondir, au début, ça me donnait juste l’air d’une fille qui abuse de la bonne bouffe, assez dur à supporter quand on a toujours été mince. D’ailleurs c’est devenu de plus en plus dur à supporter au fil des mois. Je vais être honnête, je ne trouve pas qu’être enceinte soit fun.

C’est compliqué parce qu’en France on se fout de la gueule, gentiment hein, des nanas qui sont trop bieeeeen, trop épanouiiiiies, tu vois quoi la grossesse ça te fait te sentir complèèèèète, et on culpabilise celles qui n’aiment pas ça. Comme si ne pas aimer être enceinte de trouver ça long et chiant allait faire de moi une mauvaise mère, une mère qui s’en fout, une mère qui ne veut pas donner le meilleur à son bébé. De toute façon, en France on est les rois pour juger.

Il n’y a pas de côtés positifs au fait d’être enceinte, je pense qu’il y’a des côtés épanouissants, mais d’un point de vue pratico-technique, il n’y a pas de côtés positifs, alors qu’il y’a des côtés négatifs. Ah si, la plupart des nanas vont dire « t’as pas tes règles pendant neuf mois ! ». Super. T’as pas idée de ce que je préférerais avoir mes règles plutôt qu’avoir l’impression d’avoir l’utérus tendu comme une digue buccale en permanence. Les mecs diront «vous pouvez vous asseoir plus facilement dans les transports en communs ». Pardon ? C’est une blague ? J’ai dit en France. Plein de fois on m’a dit « pourquoi tu ne demandes pas à pouvoir t’asseoir ? ». Je considère que je ne suis pas responsable de l’éducation, foirée de toute évidence, de 98% des gens qui vivent à Paris. Ils sont tous là comme des demeurés, les yeux fixés sur leurs smartphones, ce n’est pas à moi de leur apprendre à porter le regard au-delà de leurs écrans et à considérer un peu le monde qui les entoure. Pourtant, ça se voit que je suis enceinte, ça se voit même tellement qu’à trois mois de grossesse une dame m’avait demandé le sexe du bébé. J’étais un peu vexée vu qu’on ne peut le savoir qu’à cinq mois. Les gens s’en foutent que tu restes debout et que tu en chies à mort. Il y’a ceux qui s’en foutent, et ceux qui ne peuvent pas comprendre, ils n’ont pas vécu ça. Souvent, ce sont les hommes, les ados, mâles et femelles, et les jeunes-femmes. Les quadra, les cinquantenaires cèdent aisément leur place. L’expérience de la vie je suppose, couplée à une bonne éducation qui n’est absolument plus dispensée aujourd’hui. Deuxième facteur qui joue en ma défaveur : je suis jeune et je fais encore plus jeune que je ne le suis. Résultat, j’ai l’air d’une ado de seize ans enceinte la plupart du temps. On laisse pas sa place à une gamine qui s’est mise dans une telle situation. J’avais l’impression d’être parano de me sentir dévisagée parfois, heureusement que mon amoureux m’a confirmé la chose, c’est pas le moment d’avoir le sentiment d’être folle. Paris, la ville de l’apparence et du jugement. Passons.

Non, définitivement, je ne trouve pas ça fun d’être enceinte. Je ne me sens pas plus épanouie, j’ai perdu en confiance en moi, côté féminité, pouvoir d’attraction, tout ça. Mais je reconnais que j’ai gagné autre chose. Sans langue de bois vous m’avez dit les filles ? Je me sens supérieure aux autres femmes qui, elles, ne sont pas enceintes, aux autres jeunes-femmes pour être plus précise, aux autres jeunes-femmes qui ne sont pas mes copines. Comme si je faisais partie d’un club ultra sélect. C’est puéril et tout le monde s’en fout, mais MOI j’attends un bébé, moi je SAIS en gros. Je sais surtout que c’est le début du vrai club pas sélect du tout des femmes qui vont être fatiguée pendant les vingt prochaines années de leur vie. M’en fous. J’suis heureuse. Le seul truc que je trouve absolument génial dans la grossesse, hormis le fait que je suis en train de bâtir les bases de ma famille avec mon amoureux, c’est de sentir ce bébé bouger. Je râle, je fais genre « ohé, c’est pas l’heure de faire une boom, en plus t’es trop jeune », mais en fait j’adore. Dès que je le sens remuer au fond de moi, que je vois même ma peau se tendre par endroits sur mon ventre, je me sens super bien et je me précipite sur l’occasion pour lui parler « oui ? Je sais que tu es là mon bébé ». Au début, ça fait bizarre, il y’a quelque chose qui remue dans ton ventre et ça n’a vraiment rien à voir avec les bubulles ou les gazs d’une digestion de macdo. Et puis, on s’y habitue, et on les attend, ces remuements. J’ai eu beaucoup de mal à lui parler, à mon bébé, je me sentais idiote, je ne savais pas quoi lui dire. Ceci dit, j’avais très envie de lui parler, à la lecture de ces témoignages de mères qui racontent comment après l’accouchement leur bébé tournait immédiatement la tête vers elles lorsqu’elles parlaient. Le bébé reconnaissait la voix de sa mère. Je veux ça. Alors je m’y suis astreinte, c’est devenu facile. Et je m’en fiche si on me regarde bizarrement au rayon céréales de Monoprix, quand mon bébé bouge et que je lui parle.

Il y’a tous les trucs relous, certains sont purement hormonaux, d’autres physiques. J’ai été très triste à un moment. La moindre contrariété me faisait pleurer. C’est incontrôlable, insupportable, mais ça coule tout seul. Le besoin d’être coocoonée, entourée, cajolée est énorme. Côté libido,ça ressemble à rien, c’est Bagdad. Au début j’avais tout le temps envie, enfin disons que ça n’altérait pas mon envie, mais plus mon corps changeait, s’épaississait, se transformait en petit nid douillet pour mon bébé, moins j’avais envie de faire l’amour. Pas avec ce corps-là, si loin du mien. Érotiquement ça m’a perdue. Il y’a aussi tout ce qu’on ne peut plus faire sans avoir simplement mal. Mal au dos, mal au ventre.

Aucun de mes sens ne m’a paru plus développé, comme j’ai parfois pu le lire. Je peux simplement dire que pendant le premier trimestre j’ai failli me foutre du coton dans les narines pour étouffer toutes ces odeurs devenues insupportables. Insupportables et trop fortes! L’odeur du bacon, du lardon, je n’en ai quasi pas remangé depuis début Décembre, je ne peux pas, l’odeur m’écœure encore. L’odeur des déodorants masculins, les odeurs de sueur, encore pire.

Physiquement, c’est surtout une affaire de dos et de ventre. Le fait d’avoir le dos bloqué n’est pas quelque chose que l’on ne rencontre que pendant une grossesse, et le fait d’avoir un gros ventre non plus. J’ai réalisé combien des choses faciles auxquelles je ne pense absolument pas d’ordinaire devenaient de véritables batailles avec mon nouveau gros ventre. Du coup, j’ai réalisé que moi ça ne durait que quelques mois, mais que pour certaines personnes c’est toute une vie, ou des années. Ma mère m’a toujours dit (de ne pas rire des gros, d’abord parce que c’est pas drôle, il n’y a aucune farce là-dedans) qu’on ne sait jamais comment on sera plus tard. Je sais une chose : je ne serai jamais grosse, en surpoids ou tout ce que vous voulez, pour une simple bonne raison, je ne veux plus souffler comme un bœuf après avoir lacé mes chaussures. Sérieusement, le nombre de choses difficiles à faire quand on a un gros ventre est assez dingue, enfiler des chaussettes, lacer des chaussures, te pencher vers tes pieds quand tu es assis en général, s’épiler le sexe. Ça, c’est drôle, on dirait un mauvais sketch, imagine que tu es dans ton bain,allongé de touuuuut ton long parce qu’il n’y a que comme ça que tu vois ce qu’il se passe sous ton nombril.

Les talons, c’est out. J’ai vu des photos de vedettes enceintes jusqu’aux yeux et juchées sur leurs escarpins. Je veux savoir comment elles font pour garder une démarche fluide et gracieuse (sûrement des copines de Caroline Berg Eriksen). En Kickers je boîte quasiment tellement j’ai mal au dos, alors sur des talons… D’ailleurs je sais aussi que je ne serai jamais grosse parce que j’ai déjà pris dix kilos en tout, depuis le début de la grossesse et que mon corps me le fait payer. J’ai mal aux genoux, au dos, et c’est aussi dû à cette prise de poids conséquente et sur une courte durée. J’imagine que certains squelettes sont tout à fait capables de supporter un tel changement. Le mien, très fin, ne l’est pas.

L’huile anti-vergetures que je me tartine sur les seins, le ventre, les flancs, le bas du dos, les fesses et les cuisses pour garder une belle peau après l’accouchement coûte 18€85. C’est un coût. Être enceinte c’est aussi devoir racheter des fringues que tu ne vas pas beaucoup porter (lingerie, pantalons, etc…) et ça par exemple, c’est quelque chose que je déteste. J’adooooore acheter des vêtements, mais j’aime encore plus investir dans ce qui va durer. En ce qui me concerne, être enceinte ça a aussi été le début de la guerre contre les maladies hivernales, puisque je n’avais droit en tout et pour tout qu’au doliprane. Essaie de soigner une grippe ou une angine au doliprane. Ça a aussi été le début de mes suspicions envers la médecine en général, l’obstétrique en particulier. J’ai commencé à devenir parano, à tous les détester, à vouloir tout décider. Je ne veux PAS d’épisiotomie, je n’en ai pas besoin, je le sais, j’ai un périnée méga souple, si vous y toucher je me casse et je vais finir mon accouchement toute seule dans mon coin. Nan mais c’est vrai que j’ai un périnée hyper souple. La preuve, je me pisse dessus quand j’éternue. Ou que je tousse. Ou que je ris. Ou que je cours. Je pisse beaucoup d’ailleurs, beaucoup plus que d’habitude. Enfin non, ce n’est pas que j’urine plus que d’habitude c’est que je vais me vider la vessie régulièrement au cas où j’éternuerai. Par contre je ne vais plus, ou beaucoup moins, à la selle (classe cette expression). La raison ? Mon utérus prend tellement de place dans mon corps qu’il comprime mes intestins et cela ralentit la digestion, la progression du caca vers le final quoi.

Je n’ai plus le droit de manger de charcuterie (tant mieux je n’aime pas ça), de fromages artisanaux (ah dommage), d’ailleurs tous mes produits laitiers doivent être pasteurisés. Je pense que ça, c’est quelque chose que les femmes choisissent de suivre ou pas. J’ai choisi de suivre cette recommandation médicale. Je n’ai plus le droit aux viandes crues ou peu cuites. Mon steak ne me fait plus du tout penser à un steak, il est tout marron. Où est le rose ? Le sang ? Comble du malheur : plus de produits de la mer crus non plus. Au nouvel an j’ai mangé des huîtres farcies et cuites. C’était très bon. Mais les sushis, les sashimis, t’oublies. Le poulpe aussi. Ça me fait monter les larmes aux yeux. Depuis octobre, je n’ai pas bu une seule goutte d’alcool. Pour vous dire à quel point c’est ancré, il n’y a pas longtemps j’ai rêvé que je trinquais et que je buvais une bière, après deux ou trois gorgées j’étais là « mais merde !! Comment j’ai pu oublié ?? J’ai pas le droit de boire d’alcool ! Chiotte ça craint!! ». Le soulagement lorsque je me suis réveillée et que je ressentais toujours au fond de mon cœur le cruel manque de layon dans ma vie. Le coup de bol, c’est que j’ai déjà eu la toxoplasmose quand j’étais au collège, sinon, je ne pourrais même pas vraiment rentrer chez mes parents sans craindre l’attaque de câlins de leurs chats. Là-dessus, faut pas déconner, la toxo ça peut être super grave pour le bébé. En tout cas, je vous ai dit les filles si c’est un garçon, je me paie un ÉNOOOORME sushi-shop en sortant de la maternité, si c’est une fille, une grosse bouteille de layon à la fin de l’allaitement.

La grossesse, c’est un truc à passer avant d’avoir un enfant (enfin y’a d’autres moyens d’en avoir mais ma sœur veut pas faire la mère porteuse pour moi). On le sait, c’est comme ça depuis des millénaires, même les animaux y passent, sauf que moi je vais pas bouffer mon placenta, non merci. De là à dire que c’est génial, eh bien je dis non. Par contre, cette annonce de bébé m’a demandé d’ouvrir le regard sur les gens autour de moi. Il y’a eu les « oh je suis sur le cul » qui veulent tout et rien dire. Les « félicitations !!! » de quoi on me félicite, je ne sais toujours pas, d’avoir couché ? C’était pas compliqué je vous jure ! Les « c’est la fin de ta vie », non le début de celle que j’ai choisie en fait, qui sont souvent copain avec les « han mais moi je préfère profiter de ma jeunesse », oui profite bien de ne rien faire maintenant, plus tard il sera trop tard pour commencer quelque chose et puis les “je suis si heureux/se pour vous deux!”, qui suffisent à donner le sourire. Ça m’a permis de voir que sur certains plans mon amoureux était plus mature que je ne le pensais ou que moi, que sur d’autres heureusement que je suis là ! Ça m’a resituée dans ma place d’adulte, de femme, par rapport à mes rêves et mes ambitions de post-ado. La grossesse c’est chiant parce que c’est trop long, on nous dit que neuf mois ce n’est pas assez pour se préparer. Oui mais de quelle préparation tu parles ? Je ne serai jamais réellement prête, on ne peut pas se préparer à l’inconnu, on se jette dedans. Alors oui, on achète le mobilier, on pense aux valeurs que l’on va transmettre, au chamboulement dans notre vie, au prénom (quelle galère sérieux!). Tout ça dépend du couple que l’on forme, si déjà on ne mène pas une grossesse seule, de l’organisation de notre vie, de notre avancée dans celle-ci. Je me dis qu’entre Mai et Septembre je suis censée avoir quitté Paris, accouché, trouvé un autre job, démissionné, emménagé quelque part en France. Que ceux qui sont accros aux défis et au changement lèvent la main. Je lève les deux. Et les jambes avec. Aïe !

Neuf mois c’est trop long, j’ai tellement hâte ! Tous ces maux, ces contraintes, ces ras-le-bol, ces larmes, ces incompréhensions, ce corps bizarre,cette tristesse et cette euphorie mélangée vont m’amener à tenir contre moi mon bébé. C’est le début, allez !

 

Ma façon de voir les choses, de les envisager, sur la féminité, le poids, ces choses-là a beaucoup évoluée depuis. Pour autant, je continue de respecter la manière que j’ai eu de ressentir, avec beaucoup de violence, tous ces changements à ce moment donné de ma vie. 

Photographie de Une: Mon profil de planète.

Musique  je la lui ai chanté tout au long de ma grossesse.

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