À propos…

Mona-Lena, je vis entre ici et là-bas. Ce blog est un prétexte pour écrire sur ce qui me meut, ce qui m'inspire, ce que je perçois du monde en utilisant comme support le corps et le textile. Favorable à une mode instinctive et intuitive, je ne suis pas à l'aise avec les tendances et je ne sais absolument pas les « décrypter » ou les prédire. J'évolue également dans un milieu professionnel très éloigné de tout cet esthétisme puisque je suis éducatrice spécialisée dans la protection de l'enfance (titulaire du DEES). Je suis aussi une maman féministe et plutôt universaliste.

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L’humain, l’artiste, le citoyen – quand tu écoutes la musique d’un connard et que tu mates les films d’un violeur.

22 Juil L’humain, l’artiste, le citoyen – quand tu écoutes la musique d’un connard et que tu mates les films d’un violeur.

Parfois je me pose des questions. Souvent en fait. J’aime bien me remettre en question et confronter mes raisonnements, mes observations. J’aime bien me faire l’avocat du diable avec moi-même. J’aime bien débattre à l’intérieur de moi. Sauf que ça conduit nullepart. Alors en attendant d’ouvrir le café-salon-de-thé-librairie-débat de quand j’aurais soixante-dix ans, je vous propose ici, le fruit de mes raisonnements aux chemins tortueux.

Quid de la scission, de la césure entre l’humain et l’artiste. Sachant que l’un n’existe pas sans l’autre. Ce qui n’est pas le cas pour l’inverse. Je me suis demandé comment je pouvais apprécier des artistes, le travail d’artistes qui dans leur vie “civile” représentaient tout ce que je ne supporte pas dans le comportement, les idées ou les actes. Je me demande en quoi on doit, par exemple, saper le travail d’un artiste parce qu’il a commis des actes délictueux ou criminels? Je pense à l’intervention des femen pendant le concert de Woody Allen. Elles souhaitaient mettre en lumière la culture du silence qui perdure depuis des années autour des agressions sexuelles qu’il aurait perpétré sur sa fille adoptive Dylan Farrow lorsqu’elle était enfant. Du coup se pose la question, aussi, de savoir à quel moment, malgré un jugement rendu par la justice, les civil/e/s se font juges eux-mêmes. Je ne remets absolument pas en question la parole de Dylan Farrow car je n’en ai pas le droit. Mais je ne remets pas non plus en question le travail et le verdict rendu par un juge car je n’ai pas toutes les informations nécessaires à la compréhension de cette affaire pour me faire juge moi-même.

Comment puis-je continuer à écouter R. Kelly avec toutes les horreurs qui sortent à son sujet? Puis-je dire “j’adore ce chanteur, mais je déteste l’homme (que je ne connais pas d’ailleurs)”? Comment puis-je aimer la musique de Michael Jackson après les découvertes écoeurantes qu’ont pu faire les autorités dans sa maison après son décès? Comment voir tant de beauté dans les chansons d’une personne jugée à diverses reprises pour de faits de violences sexuelles sur des mineurs? Ai-je le droit, en tant qu’humaniste et féministe, d’apprécier les films de Polanski malgré les agressions sexuelles dont il est accusé et qui n’entachent absolument pas ni sa carrière ni sa vie publique? Puis-je continuer à analyser les oeuvres de Clint Eastwood avec l’oeil positif que j’avais, maintenant que je sais qu’il est très conservateur et pro NRA? Qu’est-ce que je pense de Johnny Depp après les révélations d’Amber Heard? Qu’est-ce que cela change de mon regard sur Brad Pitt qu’il pense qu’il faille avoir une arme sur soi? Est-il moins bon acteur? Résolument non. Finalement, ses idées lui appartiennent, elles n’entrent pas nécessairement en ligne de compte dans son travail. Est-ce que le travail de toute une vie de Brigitte Bardot pour la cause animale est annihilé par ses propos racistes et homophobes? Est-ce que je peux imaginer payer pour aller voir un film dans lequel joue Wesley Snipes? Pourquoi ai-je autant de plaisir à écouter la musique d’Eminem alors que je sais qu’il peut se montrer violent et menacer de mort quelqu’un? D’ailleurs, comment puis-je trouver certains artistes (simplifions acteurs et musiciens) tout à fait attirants alors que je sais quelle déchets ils peuvent être dans leur vie conjugale? Je pense notamment à Sean Penn. Comment Hollywood a pu permettre à des personnes jugées pour violences de rester sur le devant de la scène et d’être à ce point mises en valeur? Quelle image cela véhicule-t-il, tous ces hommes qui ont pu continuer leur carrière sans trop de difficulté malgré les accusations portées contre eux, là où d’autres personnes à la vie pro plus banale n’auraient pas pu continuer?

Alors voilà, je me demande si je baffoue mes convictions, mes valeurs, mes principes en appréciant en consommant le travail de personnes qui, dans leur vie personnelle, peuvent me débecter.

L’autre jour My Lord m’a dit “vu ton adoration pour Stephen King, comment te sentirais-tu s’il était révélé qu’il a commis tel ou tel acte?”. Je me sentirais trahie. Mais je saurais sûrement faire la part des choses, on peut être un génie de l’écriture et un criminel, non? Dans ma vie de tous les jours, si mon épicier à fait de la taule parce qu’il a tué quelqu’un, ben, je le sais pas, et si c’est le cas, a priori il a purgé sa peine donc j’ai rien à dire.

Qu’en pensez-vous? Ce que l’on sait des agissements de certains artistes, de leurs convictions peut avoir un impact sur votre façon de considérer leur travail? Cela peut-il vous faire cesser d’écouter leur musique? De regarder leurs productions graphiques? De lire leurs livres?

Photographie de Une: Brochette 

Musique

5 Comments
  • Poppy
    Posté à 18:11h, 23 juillet Répondre

    Alors… Je suis très mitigée. Comme toi je me pose beaucoup de questions là dessus. Je suis (étais ?) une fan absolue de Terry Richardson (j’ai même le tshirt à son effigie Eleven Paris) et même si aujourd’hui j’apprécie toujours autant son travail, j’ai une sorte de culpabilité qui s’installe. En fait je me sens pas forcément trahie par la personne, mais plus par la société. Le cas de Polanski me révolte absolument et il est bien la preuve de cette société dans laquelle on vit, pareil pour Allen. Parce qu’ils font de grandes oeuvres ils ont un passe droit. Donc j’ai du mal maintenant, j’ai de plus en plus de mal à séparer l’oeuvre de la personne

  • OnEstTousLeCo*****DeQuelqu'un
    Posté à 23:36h, 13 août Répondre

    Pour moi, le talent ou l’oeuvre d’une personne n’est pas à associer aux actes qu’elle commet dans la vie. Quand on apprécie une œuvre d’art, on n’apprécie pas le crime commit par l’artiste ni ses idées, si tant est que l’œuvre d’art ne l’exprime pas en elle-même. Auquel cas, un artiste qui exprimerait à travers son œuvre des idées contraires à mes valeurs profondes, je n’y éprouverai juste aucun intérêt. Ce serait comme apprécier délicieusement un roman prônant l’infériorité des noirs et la suprématie des blancs alors que je suis anti-racisme. Ensuite, doit-on définir qu’une personne n’a pas le droit d’être considérée parce qu’elle a été criminelle ou qu’elle le deviendra ? Imaginons qu’on considère qu’un crime enlève l’humanité ou l’intérêt d’une personne (des droits en somme). Nous pouvons rétablir la peine de mort, premièrement, pourquoi pas le contrôle des futures formes de délinquance en maternelle, même sans ça, réfléchir la limite de notre tolérance aux actes que l’on juge mauvais, parce qu’aussi bien des crimes qui se passent ici ne se définissent pas comme tel ailleurs et inversement, autant des personnes commettent des crimes qui ne seront définis comme crimes que des années plus tard… d’ailleurs, les crimes inscrits dans les lois sont-ils les seuls actes qui sont contraires à mes valeurs ? Combien d’œuvres cela me laisseraient à apprécier ? On pourrait alors vouloir établir un système de jugement strict sur la valeur d’une personne et son droit d’existence, mais sachant que chaque personne a une vision différente et que LA vérité n’existe pas, nous pourrons considérer qu’en appréciant une œuvre, nous encourons un risque, ce qui nous amènera logiquement à en déduire qu’aucune œuvre ne peut être appréciée puisque aucun homme n’est sans tâche et digne d’obtenir notre appréciation subjective, ce qui supprimera purement et simplement l’expression artistique, dont la nôtre. Soudainement, nous nous rendrons compte que cela ne concerne pas seulement les œuvres d’art mais absolument tous les domaines qui concernent l’humain. L’architecture, la science, la gastronomie… la boulangerie du coin. Comment puis-je apprécier ce monument dont le système a été inventé par ces architectes, être d’accord avec ce scientifique, aimer ce plat? Ainsi, nous nous haïrons les uns les autres et la société humaine s’annihilera. Splendide.

    Conclusion, je n’ai pas envie de mélanger mon ressentiment purement subjectif, affectif, individuel, égocentré sur une personne, et son droit d’existence au sens large du terme. Si une personne décide de ne pas apprécier une œuvre pour X raison, c’est son droit et son libre arbitre. Imposer sa pensée comme une universalité, c’est se prendre pour Dieu. Être contre ou se révolter contre un système que l’on déplore, c’est encore autre chose que de juger une personne dans son individualité.

    • Instable Mona-Lena
      Instable Mona-Lena
      Posté à 10:26h, 14 août Répondre

      Je comprends tout à fait ce que vous signifiez, et j’apprécie beaucoup l’aboutissement de votre raisonnement. En ce qui me concerne, j’ai toujours eu tendance à penser, ne l’étant pas moi-même, que les artistes travaillaient et donnaient dans leur art, toute leur personne, qu’ils donnaient de leur intimité. Je ne pense pas qu’ils font ce qu’ils sont mais qu’ils livrent d’eux. Du coup ma question, à mon égard, était: si j’apprécie ce qu’iel fait, sachant que cela vient sa personne, cela signifie que j’apprécie aussi cette partie moins morale (sibjective et individuelle ou consensuelle) de l’artiste. J’en étais aussi arrivée à la conclusion (pas celle de l’anéantissement des rapports et partages humains) qu’a priori ce n’est pas censé me concerner, si actes passibles de la justice il y a, c’est elle que ça regarde, pas moi. C’est plus le côté “sur le devant de la scène”, le côté vedette, le fait que sur des personnalités célèbres cela n’aura un impact que très limité sur leur voie professionnelle qui m’agace, alors que sur des anonymes cela peut détruire intégralement leur vie. Je conviens que c’est très binaire comme façon de voir la chose et qu’il y a toutes les nuances possibles et imaginables entre “pas inquiété” et “détruit”. J’essaie d’imaginer les victimes de ces artistes, je ne peux pas me mettre à leur place mais l’idée doit être “comment pouvez-vous regarder ou écouter ce qu’il fait? Avec les horreurs qu’il nous a fait subir?” la réponse peut sans doute être sans équivoque “mais parce qu’il est bon/excellent dans son travail”. Je reste globalement partagée sur le sujet.
      En revanche je modère juste: il n’a jamais été sujet ici de se prendre pour Dieu (ou qui qu’il soit d’autre…) en imposant une pensée très personnelle. Je veux être certaine que la subjectivité de mon propos et les questions posées s’appliquent à ma propre conscience. Tout particulièrement. En ce qui concerne l’acte de juger une personne, il y a des professionnels pour cela qui en sont chargés dans un contexte donné. Mais pour ma part, je m’autorise tout à fait à labeliser, en mon for intérieur.

      • OnEstTousLeCo*****DeQuelqu'un (1)
        Posté à 11:33h, 14 août Répondre

        Mon commentaire ne visait personne, c’était plus allégorique. On sent la modestie dans ton propos. C’est un questionnement que je trouve intéressant parce que ça vise quelque chose de plus large que l’idée de l’art seul. Je ne pense pas que ça signifie que tu “apprécies” cette partie moins morale, mais plutôt que tu la tolères. Si tu ne la tolères pas, alors oui, ce serait de l’incongruence de valoriser et apprécier son oeuvre. Peut-être est-ce moi qui voit binaire.
        C’est certain qu’un artiste donne de lui, en revanche ce n’est pas sûr qu’au moment de sa création, cela concerne toutes les parties de son être, et particulièrement celle-ci. Peut-être une sensibilité, une inspiration clé à un moment donné. Les gens ne sont pas une unité compacte et lourde qui n’évolue ni ne change jamais ni n’exprime la même chose au même moment. Concrètement, en exemple, quand je suis triste, je n’exprime pas la partie joyeuse de moi mais elle existe. On peut trouver ça injuste, quand on perçoit un déséquilibre des conditions entre chacun. Et finalement c’est peut être le seul domaine où une majorité d’humain s’accorde sur l’idée qu’un crime n’induit pas qu’une personne n’a plus de valeur. Je me dis qu’une personne qui aurait commis un crime et encouru une peine, ne devrait pas voir sa vie détruite de ce seul fait, à partir du moment où on vit dans une société où un crime est puni d’une sanction, et non d’une destruction. Mais c’est seulement vrai pour les gens puissants. Toi, tu as tendance à voir les choses dans le sens inverse, à savoir te demander si les œuvres de ces gens puissants ont une légitimité à être appréciée. C’est juste une façon différente de penser, pas fausse, pas vraie.

      • OnEstTousLeCo*****DeQuelqu'un (2)
        Posté à 11:34h, 14 août Répondre

        Pour ce qui est des victimes, très impactées par leur affect, leur vécu, leur expérience directe avec la personne, ça semble humain de rejeter la personne en entier et d’éprouver peu empathie à son égard, la question de l’objectivité n’ayant pas question d’être dans un post-traumatisme, ça se comprend. En même temps, ce serait remettre entre les mains d’un nombre restreint de personne un pouvoir de décision basé sur l’affect, à savoir “se faire justice soi-même”, et non des personnes mandatées et censées représenter une vision compétente, objective, et juste “pour tous et égale” de la loi. On peut peut-être se poser d’autres questions, comme, se demander si les sanctions encourues sont les “bonnes”, en tout cas celles qui dédommagent le mieux les victimes et leur rendent justice, si la prise en charge des traumatismes est adaptée, efficace, se demander si le système pénal et judiciaire actuel est le plus pertinent, s’il peut être amélioré, révisé, on peut aller jusqu’à ce se demander comment éviter que les dits crimes soient commis, comment les prévenir, comment minimiser les deuils…
        C’est un large sujet que tu abordes là. J’espère que tu trouveras réponse. Moi je n’en ai pas encore.

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