À propos…

Mona-Lena, je vis entre ici et là-bas. Ce blog est un prétexte pour écrire sur ce qui me meut, ce qui m'inspire, ce que je perçois du monde en utilisant comme support le corps et le textile. Favorable à une mode instinctive et intuitive, je ne suis pas à l'aise avec les tendances et je ne sais absolument pas les « décrypter » ou les prédire. J'évolue également dans un milieu professionnel très éloigné de tout cet esthétisme puisque je suis éducatrice spécialisée dans la protection de l'enfance (titulaire du DEES). Je suis aussi une maman féministe et plutôt universaliste.

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J’étais cette élève.

05 Sep J’étais cette élève.

J’habite à Flers, dans l’Orne. C’est en Basse-Normandie. Pour moi, ça pue un peu la régression. J’ai l’impression de me rapprocher de trop près de ma Mayenne ou de ma Sarthe d’enfance. Je voulais vivre dans le Nord, l’Est ou le Sud. En Angleterre, en Allemagne ou au Islande. Raté. Si tout se passe comme cela doit se passer, cette année doit être tranquille, sereine d’un point de vue professionnel, plus intense en ce qui concerne ma reprise d’études.

En parlant d’études, j’ai effectué ma première rentrée de l’autre côté de la barrière, côté corps enseignant et éducatif. C’est assez édifiant de voir que ceux qui réclament le silence dans leur classe sont ceux qui chuchotent et bavardent pendant le discours de pré-rentrée d’une nouvelle Principale. Je suis arrivée avec mes yeux d’ancienne élève, et à les écouter, je me suis alors demandé ce que les professeur•es que j’ai eu par le passé ont pu dire de moi.

“Elle est un peu chiante à monopoliser la parole.”

“Elle est bien mignonne mais elle s’habille un peu court.”

“Elle bite quedalle aux équations, je pense pas qu’elle dépassera la quatrième.”

“Ça serait bien qu’elle laisse les autres participer aussi.”

“Qui ça? Hein? Jamais vue. Ah bah oui, elle est dispensée de sport”.

J’ai le souvenir d’avoir été moi-même une élève à la fois ordinaire et peu brillante, et très pertinente et questionnante dans ma participation. Je me souviens que ma culture et mon instruction étaient vraiment marginales par rapport à celles de mes camarades de classe. Je me rappelle avoir eu des notes catastrophiques et avoir été très en difficulté dans certaines matières et avoir excellé dans d’autres. J’ai aimé l’école tout de même. J’étais l’élève qui, d’une année sur l’autre, pouvait être ou toute seule en retrait ou entourée d’une joyeuse bande. J’étais l’élève qui allait au club de théâtre et au club de lecture du collège. Mes choix pendant mon adolescence ont achevé de forger mon esprit indubitablement littéraire. J’étais l’élève pas à la mode, qui s’habillait chez Distri Center ou LaHalle (dans les meilleurs moments) pendant que mes camarades de classe avaient des marques sportives aux pieds. Je suis l’élève qui s’est fait tyranniser en 4ème et en 3ème, par des élèves très malheureux, très jaloux de ma qualité de vie. J’avais la sale habitude d’exprimer combien j’étais heureuse dans ma famille, combien mes parents s’aimaient, combien mon frère et ma soeur étaient brillants. Mon tort était aussi d’avoir des parents aux professions atypiques dans un milieu extrêmement rural et pauvre. Là où les autres élèves étaient les enfants d’agriculteurs, de coiffeuses ou d’assistantes maternelles dans le meilleur des cas, j’étais fille d’assistante sociale spécialisée (“c’est à cause de ta mère si je suis en foyer”) et de militaire. Je suscitais de la méfiance et du rejet. Je suis l’élève qui a recueilli tout le slut-shaming d’un lycée en seconde. Tout pour ma gueule. Étonnament, je suis aussi l’élève dont on se souvient tout de même, parce que toujours en train de rire, d’avoir des choses à dire, à raconter, des expériences à partager.

J’ai aimé l’école car j’ai eu, globalement de bons professeurs, pas trop désabusés, encore un peu passionnés et qui s’acrochaient aux élèves intéressés comme je l’étais. Ce que j’ai détesté, c’est l’apprentissage de la vie à l’école, cette micro-société dit tout du monde adulte qui attend. Les brimades, les insultes, les inégalités, la tristesse, la solitude, les groupes, les bandes, la réussite et l’échec, l’humiliation, la domination, le déterminisme. La sublimation, aussi.

La rentrée en Kickers, ASOS et top Ecattus

Photographie de Une: Pardon-pardon

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