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Mona-Lena, je vis entre ici et là-bas. Ce blog est un prétexte pour écrire sur ce qui me meut, ce qui m'inspire, ce que je perçois du monde en utilisant comme support le corps et le textile. Favorable à une mode instinctive et intuitive, je ne suis pas à l'aise avec les tendances et je ne sais absolument pas les « décrypter » ou les prédire. J'évolue également dans un milieu professionnel très éloigné de tout cet esthétisme puisque je suis éducatrice spécialisée dans la protection de l'enfance (titulaire du DEES). Je suis aussi une maman féministe et plutôt universaliste.

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“Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir” Éthique #1

02 Jan “Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir” Éthique #1

Bienheureux l’ignorant.

Cette année j’aimerais consommer plus éthique, plus intelligent, et sur le long terme. L’idée c’est d’investir dans des objets du quotidien qui existent en version pérenne et pas seulement en version jetable. Je suis désolée si je me laisse emporter par mon émotivité, j’ai tendance à être trop péremptoire et j’en suis vraiment navrée. Éventuellement je me relirai, sinon eh bien… je ne peux qu’arguer de ma totale subjectivité. Je n’apporte aucune solutions, d’autres ont fait d’excellents articles très complets sur le sujet avec beaucoup d’idées et de références je vous invite à les consulter plus bas. Cet article n’est pas un “je fais tout parfaitement” mais plutôt “pour moi aussi c’est difficle, réfléchissons ensemble”.

Je sais que je suis le genre de personne qui se réveille dix ans après les faits. Je me sens à la fois très novatrice et avant-gardiste dans certaines de mes façons d’envisager le monde (dans mon micro-cosme) et en même temps je suis tellement en retard sur tout, tellement à la ramasse. Beaucoup de blogueuses et de blogueurs parlent d’éthique dans la mode et les cosmétiques depuis des années, ce n’est pas nouveau. De nombreux articles édifiants ont été rédigés par des passionnés, des militants, des convaincus. Si j’estime être plus éthique aujourd’hui qu’il y a cinq ans, principalement par manque d’argent, je suis aujourd’hui profondément consciente que c’est surtout que la trace que je laisserai sur cette planète ne doit pas être un fragment d’égoïsme, d’inconscience, de bêtise ou de destruction. Je ne veux pas. Le moins possible.

J’avais déjà parlé de ma façon d’envisager l’alimentation, le végétarisme, dans cet article. Mes positions sur le sujet se sont solidifiées avec le temps. Radicalisées diront d’autres. Je suis davantage persuadée que l’humaine que je suis n’est en rien supérieure aux autres créatures de la nature et que la chaîne alimentaire prédateur/proie, si on ne parle que de nourriture, qu’on nous rabât depuis l’enfance est un mensonge éhonté. Je me nourris pour vivre, et j’y prends du plaisir. Et ce plaisir intègre de moins en moins, avec le temps, l’exploitation d’animaux à ses fins. J’ai cessé de manger des animaux il y’a deux ans, je ne consomme plus de lait animal sous sa forme liquide et j’entame à présent un nouveau virage dans mon régime alimentaire, à savoir la suppression de toute forme de lait animal (fromage, crème fraîche, beurre) qui soit issu de grandes exploitations. Je fais mes yaourts moi-même au lait de soja depuis quelques mois et si parfois ils sont de cuisants échecs, d’autres fois je me délecte.

Compliqué, dès lors que l’on a conscience de notre responsabilité dans notre consommation de nourriture de faire comme si nous n’en avions pas une dans nos achats. Comme les achats de fringues, de chaussures, par exemple. Autant il y a des choses que l’on contrôle peu, voire pas, autant on a la possibilité, aujourd’hui, avec internet et les échanges internationaux, de connaître la provenance, les conditions de fabrications de la plupart des choses que nous achetons. Je n’élude aucunement le fait que certaines bourses, certains foyers ne peuvent pas se permettre de vivre complètement éthique et équitable car c’est hors de leur budget, hors de leurs moyens. Pour autant, je pense que si on a les moyens d’acheter 20 t-shirt Primark on les a aussi pour s’acheter 1 t-shirt voire 2 French Appeal. “Les gens font ce qu’ils veulent, ils s’achètent ce qui leur fait envie”. Oui, clairement, personne ne peut trouver à redire à cela. On a un pouvoir d’achat, ça serait stupide de s’en priver. Certains s’habillent par nécessité, bien d’autres par plaisir, créativité, coquetterie ou pour augmenter leur statut social. La question que je pose est: à quel point les coups de coeur, les envies, nous amènent à participer à un cataclysme écologique et à une catastrophe humaine? Nos gestes, nos choix impactent nécessairement le reste du monde, de manière infime, mais couplé à tous les autres qui actent comme nous, on se rend alors compte de nos responsabilités individuelles et collectives. Est-ce que ne pas acheter dans tel magasin dont le groupe sous-traite la fabrication de ses produits, est-ce un sacrifice? Est-ce réellement handicapant? Est-ce que notre plaisir vaut la peine que d’autres voient leurs droits humains niés? Piétinnés?

Je me pose la question car je me force véritablement à changer ma façon de consommer et d’acheter. Je ne peux pas me sentir bien dans mes fringues si elles sont le fruit du labeur d’une personne exploitée. Nous ne sommes pas tous prêt•es à fournir les mêmes efforts. Certain•es même s’en contre-foutent avec ou sans preuves, avec ou sans images à l’appuit, qu’on leur fasse visiter ou pas les ateliers textiles. “On ne va pas s’arrêter de vivre non plus” (belle phrase de dominant). Pourquoi est-ce si désagréable pour nous, les privilégié•es de prendre dans le visage la réalité de nos plaisirs égoïstes? Comment peut-on continuer à se faire plaisir tout en respectant l’environnement et les employé•es textiles des pays en développement? Sur le blog de Coline vous trouverez un excellent article, que je vous partage ici avec de véritables astuces, sans jugement, pour vous aider à opérer ce changement en vous. Par exemple, je suis une grande fan de fripes car à défaut de pouvoir toujours acheter de l’éthique, du bio ou du made in France, j’ai à coeur de ne pas participer à la fabrication perpétuelle de nouvelles pièces déshumanisantes. Il y a tant de fringues qui circulent à travers la planète, bien plus qu’il n’y a de gens. Ça devient alors super facile de ne pas engraisser la patte des gros groupes textiles tout en portant des fringues qui me plaisent. Je paie la petite vendeuse ou le magasin de vêtements d’occasion, pas Inditex. Je ressens la même chose vis-à-vis du cuir, très présent dans ma garde-robe. C’est complètement contradictoire avec ma façon d’envisager la protection des animaux. Le cuir que je porte (sac et chaussures) est vintage ou de seconde main. C’est la seule astuce que j’ai trouvé en attendant d’acheter des souliers vegan (ou que Kickers fasse des chaussures en cuir végétal).

J’ai souvent lu, à propos de l’alimentation et de la consommation en général “c’est moi que ça regarde”, comme si cette phrase signifiait, ” je n’ai aucun compte à rendre à personne”. C’est aussi vrai que c’est faux. Nos choix nous regardent, nous les prennons en connaissance de cause, la première personne qu’ils concernent et impactent c’est nous. Puis les autres. Exemple: entre acheter tes légumes chez Carrefour ou chez le primeur local, ce choix, qui concerne ton budget et tes idéaux, impacte soit la firme Carrefour (6ème rang mondial en terme de grande distribution) soit le primeur sans doute un indépendant. Nos choix impactent d’autres êtres vivants que nous. Tu manges de la viande? Tu participes à la tuerie de masse d’animaux. Tu achètes un t-shirt à 4€99? Il a certainement été conçu par un enfant en apprentissage et donc non-rémunéré. Qu’est-ce qui est le plus choquant? Qu’un enfant ne soit pas rémunéré ou qu’il soit exploité pour faire nos fringues au lieu de pouvoir s’instruire à l’école? Qu’est-ce que cela révèle aussi de notre intelligence?

Ceux qui mangent de la viande, ne sont sûrement pas nombreux à être prêts à abattre l’animal d’eux-mêmes. Ceux qui achètent chez Maje seront-ils aussi ceux qui iront coller à sa machine à coudre l’employée pendant douze heures d’affilées? Certes non. Parce que nous sommes doués d’empathie, de conscience et de morale. Alors pourquoi c’est si difficile de veiller à ce à quoi nous participons? À cause de la pub, des influenceur•euses, de l’image que l’on veut renvoyer, de l’éducation. Finalement, tout est une affaire de culture et d’habitude. Pourquoi ne consommons-nous principalement non-éthique? Parce que c’est plus facile, parce que ça ne nous demande pas de bouger le petit doigt. On nous a rendus feignants, en voulant faciliter nos vies on est devenus moins responsables de nos actes et on en est venus à nous cacher derrière des “oui mais c’est la vie/il y a toujours eu des riches et des pauvres/il faut bien qu’ils vivent aussi ces pauvres gens, ça leut fait un salaire” –> GERBE

Avoir des privilèges donne des responsabilités. Notre apparence, notre ego, notre auto-satisfaction, l’achat de notre statut social, l’intégration d’un groupe ou d’une communauté précise, notre narcissisme, ne devraient pas instrumentaliser les personnes les plus en situation précaire sur cette planète: des enfants et des femmes.

Finalement, la question c’est “sur quoi ai-je une prise?”. Pas grand chose, mais il y a des éléments de notre quotidien qu’on peut changer. Ou en tout cas sur lesquels nous pouvons être amenés à réfléchir.

Je ne peux pas décemment m’admirer dans une belle robe en niant les conditions dans lesquelles travaillent ceux qui l’ont conçues. Je ne suis pas plus “stylée” avec des chaussures cousues par des mômes de 8 ans. Je ne peux pas manger un être sentient qui a été mis au monde et élevé dans le seul et unique but de servir de nourriture à des humains. Je ne peux pas faire comme si je ne savais pas que l’exploitation du bétail et l’industrie textile étaient les deux plus gros polluants au monde. Mes papilles ne valent pas la mort.

Comme je l’écrivais plus haut, il y a des choses sur lesquelles on a peu de contrôle. Ou auxquelles on ne pense pas. Je n’imaginais pas avoir le choix de mon fournisseur de gaz de ville ou d’électricité avant cette année. J’ai choisis de souscrire un contrat élec chez un fournisseur d’énergie verte quant au gaz je suis chez Dyneff qui n’est pas trop dégueu en terme d’écologie. Les deux contrats à eux deux me reviennent moins cher qu’un forfait chez Engie. Par contre je ne sais pas d’où vient ni qui a fabriqué le verre de mes bocaux, dans lesquels je stocke toutes la nourriture que j’achète en vrac. On contrôle certaines choses, d’autres pas. 

Alors c’est décidé, en 2018, si j’achète des vêtements neufs ils seront éthiques. Pour le reste, comme toujours, que de la fripe, de la seconde voire troisième main. Je ne vais pas moins me faire plaisir, je vais juste être moins malhonnête. En 2018 je me concentre sur les circuits courts et locaux pour les légumes, fruits, le fromage. Je ne vais pas jeter/donner tous mes vêtements non-éthiques, ça n’a pas vraiment de sens non plus, mais il est temps de changer et de se donner de la peine. Je veux un bon produit? Sans cruauté? J’y mets le prix. Car ce que je paye est censé, à un moment, être reversé à des salariés. Pas qu’à des patrons.

Et si vous voulez voilà une belle liste d’articles qui peuvent vous intéresser:

La liste des marques éthiques/vegan/bio je vais m’y référer toute l’année le travail de documentation de Lucile est dingue!

12 conseils pour s’habiller de manière responsable

La mode éthique c’est chic!

On fait le point sur l’industrie textile

Les vidéos d’Annika Victoria

64 heures de travail par semaine pour les enfants au Bangladesh (maintenant, regarde les étiquettes de ta penderie)

Reportage complet sur les conditions de travail dans l’industrie textile

Dîtes à Zara de nous payer

Effondrement d’un atelier textile 1135 morts

Reconnaître et porter des vêtements vraiment éthiques <3

H&M, Gap, Mango, etc…

Il y a quoi derrière l’étiquette?

Le rapport de Elodie Cognard

 

La prochaine fois j’essaie d’écrire sur la mode équitable et un peu plus sur les cosmétiques parce que là aussi, on se fout de vos gueules.

 

Photographie de Une: Igor Dobrowolski

Musique

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