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Mona-Lena, je vis entre ici et là-bas. Ce blog est un prétexte pour écrire sur ce qui me meut, ce qui m'inspire, ce que je perçois du monde en utilisant comme support le corps et le textile. Favorable à une mode instinctive et intuitive, je ne suis pas à l'aise avec les tendances et je ne sais absolument pas les « décrypter » ou les prédire. J'évolue également dans un milieu professionnel très éloigné de tout cet esthétisme puisque je suis éducatrice spécialisée dans la protection de l'enfance (titulaire du DEES). Je suis aussi une maman féministe et plutôt universaliste.

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Culture en Septembre #8

27 Sep Culture en Septembre #8

The Assassin est un film contemplatif du réalisateur Hou Hsiao-Hsien. Très lent, les actions sont aussi silencieuses que le personnage principal Nie Yinniang. Le silence est aérien, c’est un silence qui s’écoute, les dialogues sont rares mais intenses et riches, poétiques, à la limite du prophétique. J’ai un peu de mal à écrire sur les films d’un tel genre, c’est au-delà de ce que j’en connais et de mes compétences. Ceci dit, je l’ai apprécié car j’y ai vu une façon d’imager ce que je pense des règles et du cadre: pour pouvoir s’autoriser à en sortir, il faut faire preuve de discipline et intégrer tous les codes et règles qui régissent notre univers. Une fois qu’on est capable de s’y plier, on peut alors se permettre de les contourner. Le visuel est superbe et invite presque à la méditation. Je sais que c’est complètement cliché car il y a là une association d’idées: Asie –> méditation. Mais ça n’est pas seulement ça, c’est le silence musical, l’ambiance seulement animée de chants d’oiseaux et les paysages de montagne qui me font penser à la méditation. Peut-être l’Asie aussi. L’Asie c’est vaste, l’Asie c’est grand, l’Asie c’est des dizaines et des dizaines de cultures diverses. Pas sûre que Belle et Sébastien dans la montagne m’inviterait à la méditation.

Je suis allée au cinéma voir Seven Sisters et j’en suis ressortie mi-ravie mi-triste mi-inquiète. Trois demis donc. Et mi-circonspecte. Déjà, le casting promettait de belles choses, Noomi Rapace est une bombe dans ses interprétations, Glenn Close est toujours plus près de la vilain parfaite, Willem Dafoe n’est pas mauvais, mais pas spécialement bon non plus, quant à Marwan Kenzari, si je ne suis toujours pas convaincue par son talent d’acteur je le suis toute à fait par d’autres éléments de sa personne. Seven Sisters est un film qui met la lumière sur une dystopie qui pourrait potentiellement tout à fait arriver, le jour où les droits de l’humain dans son individualité seront réduits au profit de la collectivité. La planète Terre est surpeuplée, les humains meurent de faim, nous ne produisons pas assez de ressources pour tous. La solution à cela (on n’est censé être en 2073 mais ça ressemble beaucoup à 2017), le quota d’enfants par famille. C’est la politique de l’enfant unique qui est en vigueur et y contrevenir est lourdement sanctionné. Les enfants “en trop” sont envoyés dans une cellule de crypto-sommeil pour être réveillés dans des “jours meilleurs”. Noomi Rapace interprète septs soeurs cachées du monde, toutes sous le nom d’un jour de la semaine et qui ne peuvent vivre à l’extérieur que le jour de leur nom, empruntant toutes l’identité de leur mère Karen Settman. Les contrôles sont stricts pour se déplacer dans la ville et elles s’en sortent plutôt bien jusqu’à un certain moment. Comme on s’en doute c’est une traque, autant qu’une enquête (qui les a trahies?) qui commence alors. Si le film n’est résolument pas un chef-d’oeuvre il invite toutefois, post-séance, à la réflexion sur les solutions qui pourraient être envisagées face au problème de la surpopulation (qui décide qui doit vivre ou mourir et sous quels critères?). C’est un film tout à fait divertissant dans lequel Noomi Rapace excèle dans cette performance jusqu’alors tenue uniquement par Tatiana Maslany dans Orphan Black. J’ai été cependant très frustrée par le format de cette production. J’aurais beaucoup aimé que le film soit découpé pour être moins condensé, soit sous le format d’une minie-série (comme le suggère cet•te internaute) soit sous une suite de films (7 aurait été judicieux n’est-ce pas?) dans lequel on découvrirait avec plus de précisions et d’acuité l’enfance des soeurs, leurs interactions, leurs personnalités, l’univers dans lequel elles évoluent et la traque. J’ai tendance, en temps que lectrice, à aimer les détails, les longueurs aussi. C’est un film réussit, mais à qui il n’aurait pas fallu demander plus que ce qu’il a été capable de donner.

Noomi Rapace, épouse-moi.

Dans un genre cinématographique totalement différent, La saison des femmes était LE film que je voulais voir depuis plus d’un an sans jamais réussir à trouver un moyen alternatif de me le procurer sans l’acheter. J’ai bien fait d’acheter le DVD, en fait, car je l’ai beaucoup aimé. Le film de Leena Yadav décrit les efforts que fournissent un groupe de villageoises du Gujurat pour repousser/s’affranchir des traditions patriarcales. Tour à tour joyeux ou violent, écoeurant ou effarant, le film nous entraîne dans un univers que l’on connaît peu ou mal, celui du mariage forcé. MyLord a trouvé particulièrement pertinent que nous le voyions après nous être rendus à l’exposition Too Young to wed de Stephanie Sinclair. Cela nous a permis de compendre certaines choses, au lieu de les voir avec le seul regard subjectif de l’occidental. Savoir et s’être renseigné n’enlève rien à l’horreur et de leurs situations, mais il permet de mieux intégrer le film sans réagir avec le seul affect. La fin paraît bien trop heureuse pour être si réaliste. Combien de femmes vont vivre les aventures que vivent les quatre femmes de l’histoire pour combien d’autres battues, violées, rabaissées, volées et pillées tout au long de leurs vies?

Assez loin du délire Bollywood avec lequel je n’accroche pas, La saison des femmes, est un film à la bande-son riche, aux scènes aussi pudiques que crues dans un univers qui ne trahit pas son contexte, l’Inde brillante et scintillante est là, et elle se traîne dans la poussière. Une dualité magnifique à regarder.

J’ai vu le film Baby driver, sans être super convaincue par le synopsis. En fait je l’ai trouvé tout à fait divertissant, très dansant voire carrément chorégraphique. Ce jeune prodige de la conduite de voitures est contraint de mettre ses talents au profit d’un braqueur de banque (commanditaire en la personne de Kevin Spacey, s’il y a bien un Kevin qui a réussi dans la vie c’est celui-ci). Souffrant d’accouphènes à cause d’un accident de voiture dont il a été victime, Baby, (c’est son nom jusqu’à 5 minutes de la fin) vit en permanence avec de la musique dans les oreilles, et vit avec son père adoptif un vieil homme en fauteuil roulant et sourd. Une rencontre semble changer son destin. Si le film offre de belles courses-poursuites son intérêt premier ne demeure véritablement pas dans ces séquences-là mais bien dans la transformation qui semble s’opérer dans le personnage principal. La performance n’est pas poussée à son maximum et le film n’a sans doute pas d’autre visée que celle d’être divertissant. Je regrette qu’une fois de plus, les rôles féminins soient cantonnés à des rôles secondaires et franchement sans-substance: la petite-amie et la braqueuse badass-bombasse. Personnage principal mec, méchant mec, braqueur taré qui occupe la moitié du champ auditif mec.

Point positif: Barry White.

Dans le genre super bonne surprise mais pas tant une surprise que ça c’est Identity Thief. Il faut savoir que j’adore l’actrice Melissa MacCarthy, elle a un pannel d’expressions de visages, d’intonations de voix et un rire dont je suis fan. Elle est un caméléon et peut être aussi diablement sexy et magnifique qu’exaspérante et bouseuse (comme dans 80% du film ici). C’est l’histoire d’un homme qui travaille dans la finance et qui se rend compte, à travers une arrestation, qu’une personne usurpe son identité. Il va tout faire pour la retrouver, la ramener à Denver et la faire avouer. Le personnage que campe Mélissa McCarthy est incroyablement agaçant et mériterait des claques, elle était tellement trop parfaite et convaincante dans ce rôle que, empathique et subjuguée comme j’étais, j’avais envie de la baffer et de lui plonger la tête dans des toilettes. Je suis rarement aussi violente. Son attitude sans-gêne trahit finalement un schéma plus compliqué et le film part ainsi du comique de situation pour tendre vers une morale et un discours compréhensif et compatissant sans devenir niais pour autant. La fin est d’autant plus intéressante que ce personnage fini

Show »

par assumer ses responsabilités et les conséquences de ses actes bien qu’une connaissance de son histoire donne une compréhension desdits actes.

Pour ce film comme pour Spy dans lequel elle joue aussi à la perfection le rôle de Susan Cooper, j’avais d’abord l’impression que l’ambiance était grossophobe avant de réaliser l’empowrment du personnage féminin (grâce à cette actrice) et du sex-appeal non dissimulé qu’elle dégage. Quelque chose du genre “vous voyez ça d’abord, eh bien regardez tout ce que je suis d’autre” et c’est ce que j’aime voir dans les personnages de films ou de romans, l’infinie palette des personnalités ou en tout cas, tout ce qui compose un personnage.

La lecture de Petit-déjeuner avec Mick Jagger me pose un problème. Trois semaines après l’avoir lu, je suis bien incapable de dire si je l’ai aimé ou non. J’adore la forme et le style de l’écriture, cette façon de mêler fiction et autobiographie. L’autofiction quoi. J’adore ça. J’aime les ponts entre la réalité factuelle et celle du personnage. Je suis très friande de la gymnastique styllistique qui impose au lecteur d’être très attentif sur les tournures de phrases pour savoir où il en est et ce qu’il est supposé comprendre. J’ai été mal à l’aise par la thématique de l’abus sexuel qui est abordé avec autant de légèreté que de gravité. C’est balancé comme un coup de poing en plein visage, aussi proche de la réalité de l’abus que cela peut l’être. Le lien à la mère est simple à comprendre mais difficile à supporter. Nathalie Kupperman, avec ce nom qu’elle déteste, nous emmène dans les cycles d’années de sa vie où elle a convié et attendu Mick Jagger à prendre le petit déjeuner, chez elle, dans sa cuisine. Mick Jagger est l’amant de toute sa vie, son amoureux et me semble bien aussi être ce père complètement absent. Il peut tout être puisque Nathalie découve jeune que les adultes brouillent les limites et se permettent d’être tout. C’est une lecture rapide, mais pas facile pour autant. D’une traite dans le train pour Paris, j’oscillais entre l’émerveillement du style littéraire, définitivement mon genre, et la répulsion que m’occasionnait les images qui s’imposaient à moi.

En revanche, concernant La peur qui rôde et les nouvelles qui l’accompagnent, de Lovecraft, ça ne fait pas un pli: je suis toujours aussi mordue de ses histoires et de son style. Si j’ai été moins subjuguée que par le recueil de La couleur tombée du ciel, j’aime véritablement sa façon de mener ce suspens et de nous amener à cotoyer la folie qui s’insinue dans l’esprit de ses personnages.

“Au milieu de ces cris,

la terreur et l’angoisse

frappaient du fond de l’âme

aux portes d’ébène de l’oubli,

follement et sans espoir.”

Je pourrais presque copier l’intégralité de ses romans et nouvelles tant j’aime son vocabulaire, les champs lexicaux utilisés, sa manière de rythmer l’horreur.

“J’entendis d’abord, venant de profondeurs inconcevables,

un bruit de galopade, un halètement infernal, un grondement sourd,

et enfin je vis sortir, par l’ouverture située à la base de la cheminée,

un jaillissement de vie multiple et repoussante,

un flot abominable et ténébreux de corruption organique,

mille fois plus hideux que les conjurations les plus noires de la folie et de la morbidité.”

Qui peut penser et écrire des phrases aussi intenses et belles en substance?

Un autre dont le style me ravit c’est Stephen King. Je prendrai sans doute un jour le temps d’expliquer l’importance et la place qu’il a eu à des moments clefs de ma vie. Je trouve toujours cela magnifique que des étrangers, des personnes qui ne nous connaissent pas, ignorent jusqu’à notre existence, puissent avoir un tel impact positif, amener jusqu’à une sorte de sublimation. Je m’égare déjà. J’ai lu Mr.Mercredes de Stephen King, enfin! C’était étrange de le voir embrasser le style du polar car j’étais restée une fervente admiratrice de ses idées épouvantables. Assurément, l’histoire de Mr Mercedes, qui vient titiller Mr Hodges alors que celui s’enfonce dans une léthargie de retraité à la limite du suicide intellectuel (et littéral) est excellement bien menée. Cette enquête aux rebondissements et personnages divers, le binôme Jerome – Mr Hodges est passionnant, la déchéance du tueur aussi. Il est rare, dans un policier/thriller/un polar, que lorsque l’on connaît l’identité du tueur, celui-ci se dégrade, se mélange les pinceaux et court de lui-même à sa perte. Il est rare qu’il perde les pédales. Ils sont d’ordinaire froids, calculateurs, très méticuleux, patients. En ce sens, je trouve ce roman policier très différent de ceux que j’ai eu l’habitude de lire. Mais la plume ordinaire de Stephen King, celle d’avant, m’a beaucoup manqué. Ces longueurs, ces descriptions à n’en plus finir, les histoires racontées, le contexte, cela m’a manqué. Je n’ai pas peur des cent ou cent cinquante pages qui peuvent paraître inutiles et lourdes à certains et qui selon moi dressent le décor, l’ambiance, l’atmosphère du roman. Stephen King m’a habituée à cela (Misery, Sac d’os, Simetierre, etc…) et j’adore ça. Alors je n’irais pas jusqu’à dire que je n’ai pas reconnu sa plume car elle est hybride. Je repense au tour de force en matière d’épouvante qu’il avait opéré avec Revival. Mais les thèmes ordinaires, ceux qui me fichent la frousse et me fascinent car il les aborde avec une subtilité dérangeante (le Croque-Mitaine, le Diable, les souvenirs, la chance, l’Enfer), ceux-là m’ont manqué. Il fallait que je me mette bien en tête que ça n’était pas un roman d’épouvante, c’était un tout nouveau genre de Stephen King que je découvrais. Ce fût bon. Maintenant, place à la série!

La saison 2 de Preacher, on en parle? En 11 points:

  • On apprend beaucoup de choses sur Tulip O’Hare (qui porte sans doute le prénom et le nom les plus cools de l’histoire du monde), en partie sur sa relation avec Jesse. Leur histoire commune.
  • Jesse se confirme comme le anti-héro absolu. Abusif, autoritaire, égoïste et menteur, il s’enfonce davantage dans les emmerdes et semble même tout faire pour continuer ses brasses dedans.
  • J’suis encore un peu sceptique sur le fait de rendre cool le personnage d’Adolf Hitler. Liberté scénaristique, d’autant que le monde dans lequel les persos évoluent est quand même très fantastique. Ça rappelle gentiment que les monstres sont toujours des humains.
  • J’apprécie de voir Cassidy s’affirmer et prendre du poil de la bête. La relation à Dennis est fascinante.
  • La conception de l’Enfer dans cette série est très intéressante et me rappelle la nouvelle Cette impression qui n’a de nom qu’en français de Stephen King (on se refait pas les gars). On est loin de la très littérale brûlure pour l’éternité, mais dans un genre plus métaphorique il y a en effet l’idée de répétition et de souffrance pour l’éternité. Le parallèle à la prison est superbe aussi.
  • Pourquoi dans les série ou les films les soi-disant appartements trop de merde sont en fait ceux qui, avec un coup de peinture, sont hors de prix dans la vraie vie?
  • Il y a pas mal d’idées très visuelles, ou suggérées que j’ai trouvé super osées et qui m’ont vraiment fait rire.

    Show »

    Ici, Dieu se déguise probablement en chien pour se faire jouir dessus et Jésus est un consanguin retardé mentalement qui s’imagine comme un chien (vise le lien) et pisse sur les gens. 

  • Organisation secrète visant à sauvegarder le monde à travers la violence et le mensonge: America OK.
  • Visuellement la série reste dingue, c’est très bon en terme de photographie et on ne s’attend jamais à ce qui va arriver par la suite. Les surprises sont clairement tirées par les cheveux parfois et les liens entre les persos paraissent sortis de nulle part, mais en fait, le “WTF” a toute sa place et tout son sens ici. PS: j’ai pas lu le comics, OK.
  • Vous connaissez visage plus flippant que celui de Pip Torrens? Ce mec est effrayant! Il est tout simplement FAIT pour le rôle de Herr Starr! Alors que lorsqu’il sourit…wahou.
  • Pour finir, après la réussite de la jupe de la saison 1, je dois désormais trouver la robe du dernier épisode de la saison 2. J’ai les références, il ne reste plus qu’à guetter que quelqu’un la vende dans ma taille, d’occasion.

Photographie de Une: CamQuality

Musique

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