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Mona-Lena, je vis entre ici et là-bas. Ce blog est un prétexte pour écrire sur ce qui me meut, ce qui m'inspire, ce que je perçois du monde en utilisant comme support le corps et le textile. Favorable à une mode instinctive et intuitive, je ne suis pas à l'aise avec les tendances et je ne sais absolument pas les « décrypter » ou les prédire. J'évolue également dans un milieu professionnel très éloigné de tout cet esthétisme puisque je suis éducatrice spécialisée dans la protection de l'enfance (titulaire du DEES). Je suis aussi une maman féministe et plutôt universaliste.

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Culture en Décembre #10

28 Déc Culture en Décembre #10

Je ne me souvenais plus de la raison pour laquelle j’avais noté Le sourire de Mona-Lisa sur ma liste des films à voir et, sans lire le synopsis, je me suis lancée à l’aveuglette. C’est l’histoire d’une professeure d’histoire de l’art, Katherine Watson (Julia Roberts) qui vient enseigner dans la  prestigieuse, féminine et conservatrice Wellesley College. Là-bas elle va être confrontée à toute une classe de jeunes-femmes, intelligentes, cultivées, destinées à se marier et rester au foyer une fois leur instruction accadémique faite. Elle qui vit sa vie autour de la non-nécessité du mariage, elle va devoir réfléchir à la voie qu’elle souhaite enseigner à ses élèves. La voie? N’en existe-t-il qu’une seule qui soit valable et valide? C’est un film léger, tourné à la mode des années 2000 (photographie, construction scénaristique, musique), sur les déterminismes familiaux, sur les femmes qui ont les moyens d’accéder à l’instruction dans les années 50, aux USA. Un film sur les schémas, les rôles, les fonctions, un certain féminisme. Ne peut-on pas être féministe et femme au foyer? Alors certes, les sujets sont abordés de manière très superficielle, on est sur du divertissement, pas du film d’auteur ou un drame, ceci dit, il vaut le coup d’oeil pour le casting plutôt cool (le film a 14 ans) dans lequel on retrouve Kirsten Dunst, Julia Stiles, Juliet Stevenson, Maggie Gyllenhaal (<3).

Bon. Alors. Ça ne va pas être simple.

Je crois que j’ai vu l’un des films qui m’a le plus angoissée, celui qui a fait naître en moi le plus profond sentiment de malaise et de mal-être. Je suis naturellement très empathique (films, musique, romans, témoignages), mais j’ignorais que j’étais à ce point une éponge. Mother!. Je ne vais pas faire une critique ou une analyse, cette personne s’en est chargé à merveille et je n’ai pas du tout les compétences pour un tel travail. En revanche, je peux exprimer deux trois ressentis à propos de ce film. Tout d’abord, le réalisateur, Darren Aronofsky, ne m’était pas inconnu et j’ai globalement apprécié Requiem for a dream et Black Swan aux époques auxquelles je les ai vus. Il faut savoir que j’éxècre Jennifer Lawrence. Si je la trouve tout à fait sublime, je l’ai toujours perçue jusqu’alors sans le moindre talent pour acter. Aujourd’hui, je suis forcée de revoir ma position, diamétralement. De ce que j’en ai lu, les avis concernant Mother! sont plutôt binaires, soit on crie au génie, soit au navet. Impactée comme je l’ai été, pour moi, cela tient du génie. Pour moi, Mother! est un film sur la psychose paranoïaque et sur le narcissisme exacerbé. L’histoire d’un homme qui, par son ego va écraser une femme fragile. L’histoire d’un homme, Javier Bardem (“Le Poète”) dont les souffrances passées et le talent (tout relatif) vont devenir le centre de la vie d’une femme qui va tout lui donner, sans demie-mesure et qui va s’attendre, en échange, à recevoir au moins la sérénité et le calme. Sauf que les personnages campés par Michelle Pfeiffer et Ed Harris ne sont que le début d’une longue et effroyable spirale infernale, d’un cauchemar dont la seule fin peut être la mort. Les intrusions perpétuelles m’ont mise dans un état de nerfs tel que je m’en suis déclenché de l’eczéma sur les bras (petit cadeau au réveil le lendemain). Je me suis énormément identifiée à Jennifer Lawrence (Mother), dans sa quête de cocon, de tranquilité, de calme, de construction de cette maison. Dans ces objets aimés, dans ce besoin d’intimité familial. La violence ici est toute symbolique, même si elle devient physique au fil du temps, et atteint un point de non retour au moment de la “présentation du fils”. Mon coeur s’est soulevé, est monté jusqu’à mes lèvres et est redescendu si bas dans mon ventre que je crois qu’il se cache encore derrière mes trompes. Je ne suis pas une fine cinéphile, mais je ne trouve pas que Mother! soit confus, je ne pense pas qu’il soit “trop” ou “pas assez”, je crois qu’il est le film que j’attendais pour mettre en avant dans le couple d’un côté la fragilité de l’un/e et de l’autre l’égocentrisme cruel de l’autre. Si le personnage de Javier Bradem ne brutalise pas explicitement sa femme (excepté dans la scène de la conception qui ressemble d’abord à s’y méprendre à un viol), son désintérêt profond, son besoin de reconnaissance et d’adulation font qu’elle passe systématiquement au second plan. Eux l’admirent et l’idolâtrent, elle l’aime. Il a besoin des deux pour être, quitte à réduire à néant les uns et l’autre, surtout. Son égo, détruit tout ce qu’elle a bâtit et construit, pour lui et pour eux. La façon qu’a choisi Aronofsky d’imager ces concepts est poétique et terriblement brutale, d’une violence effroyable. Tout ce qui est offert, tout ce qui est donné est gâché, pillé, détruit. Il est intéressant d’ailleurs de constater que la seule personne, l’espace de trente secondes, qui prend soin d’elle de manière désintéressée est un militaire. La seule personne. Je n’ai pas aimé la fin, la toute fin. Elle verbalise trop de choses qui n’ont pas besoin de l’être. Je me relis et j’exprime mal ce que j’ai ressentis face à ce film. Je vous invite vraiment à lire la critique jusqu’au bout, le rapport biblique est parfaitement évoqué. Et il est vrai qu’on ne peut pas l’écarter, compte tenu des représentations dans l’art pictural de Dieu, Jésus et de Marie, le parallèle avec Jennifer Lawrence (dans ce film précisément) et Javier Bardem est flagrant. Voyez-le, faites vous votre avis, les choses ne sont pas subtiles mais insidieuses. Les notes spectateurs sont incompréhenssibles pour moi. J’ai lu que des personens l’avaient détesté car il les avait mises trop mal à l’aise. N’est-ce pas là justement la réussite d’un film? Qu’il suscite des émotions fortes en nous? Selon moi on peut avoir détesté un film et reconnaître qu’il était intense et puissant.

Dans un style radicalement différent j’ai vu Needful things (1993) aka “le bazaar de l’épouvante”, film inspiré du roman de Stephen King “Bazaar” aka “Needful things”. J’avais plutôt aimé ce roman-là, d’ailleurs et j’avais hâte de le voir en film. J’ai été aussi amusée que fâchée, globalement déçue. Pour le rappeler, malgré un casting sympa (Ed Harris, Bonnie Bedelia et Max Von Sydow pour ne citer qu’eux), le film reste bien ancré dans les années 90. Pas de doute là-dessus. Si mes recherches sont bonnes, il s’agissait du premier film réalisé par Fraser C Heston, oui oui le fils de Charlton Heston, et on ne peut pas dire qu’il ait lu le livre avec attention. ALors oui, je sais, l’éternel débat sur la liberté du réalisateur quand il adapte un roman au cinéma, il n’est pas censé en faire, forcément, une retranscription fidèle. J’ai été déçue par le choix de l’acteur pour jouer Leland Gaunt, je ne le cache pas. Pour ma part j’aurais largement choisi un acteur comme Vincent Schiavelli, bien plus effrayant à mon sens, ou quelqu’un de très grand et maigre, à l’image des Slendermen. Certains éléments qui sont des détaillent primordiaux dans le roman n’ont jamais été montrés à l’écran. Je me doute qu’en un film, un seul, il est difficile d’imager tout ce qui est de l’ordre de l’abstrait, du souvenir, de la pensée dans un roman, mais il manquait à mon sens les détails sur la Talisman et tout ce qui se passe autour. Il manquait les lueurs colorées qui luisent au fond des yeux de Gaunt. Il manquait l’histoire de la vie de Polly ou d’Alan. Surtout, pourquoi ont-ils changé Sandy Koufax en Mickey Mantle? Qu’est-ce que ça veut dire? Comment peut-on dénigrer à ce point les détails cruciaux? Bref. C’est un film type série Z, assurément. Bazaar gagnerait à être adapté en série TV, à l’image de Skins, on pourrait ainsi se focaliser pour chaque épisode sur la vie d’un personnage et sur ce qui l’a amené à entrer dans la boutique du mystérieux et effrayant Leland Gaunt. Il ne manque pas de saveur dans le roman, tout y est très abstrait, ça contraste avec la platitude du personnage qu’interprète Max Von Sydow dans le film.

Les films que j’ai vu sur ce mois vont de genres en genres puisque c’est Ex Machina que j’ai vu le plus récemment. Je ne connaissait ni le réalisateur, Alex Garland, ni vraiment les acteurs. C’est un peu difficile de donner son avis sur de la science-fiction quand on est très novice sur ce genre. Je dois toute de même admettre que les films de sf que j’ai vu cette année ont achevé de me convaincre qu’il ne s’agit pas seulement de robots, de vaisseaux et d’espace, mais bien de condition humaine, de langage, d’innovation, d’honnêteté intellectuelle. C’était très drôle de voir ce film au-lendemain du buzz de Sophia l’IA sur Twitter. C’était moins drôle de se rendre compte de sa capacité. Moins drôle encore de réaliser que l’intelligence ne peut pas se départir de la sensibilité et des désirs. Encore encore moins drôle de réaliser que l’intelligence en lien avec la sensibilité et les désirs conduit tout droit à la manipulation. Ce presque huis-clos dans lequel Caleb (Domhnall Gleeson) devient une marionnette, sans que l’on sache s’il est celle de Nathan (Oscar Isaac OMG) ou d’Ava (Alicia Vikander) est aussi esthétisant qu’angoissant. J’ai tout à fait aimé ce film même si je ‘lai trouvé très triste: À quel point les désespérés humains vont-ils confié leurs émotions, leurs sensations, leurs coeurs et leurs attentes aux robots anthropomorphe/humanoïdes?

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Je vais manquer de mots pour exprimer ma déception du film Kingsman 2: the golden circle. J’avais beaucoup aimé le premier, très britannique, très élégant et prétenduement réaliste. J’ai trouvé ce second film vain et creux, trop brouillon, trop caboum!, trop beauf: trop américain. Désolée, si je concède parfaitement que Channing Tatum incarne parfaitement la sur-assurance beauf et ultra sexy de l’Amérique, je sui plus touchée par l’élégante sur-assurance britannique de Colin Firth. Je trouve cette histoire de cartel de drogue nulle et ennuyeuse, mal-amenée et cette enquête se résout plus vite qu’un dessin animé de Dora l’Exploratrice. Alors c’est sûr c’est divertissant, mais je n’en suis pas ressortie en mode “ouah, c’était bon” comme le premier. Avec moi tout est affaire de contexte, je reconnais que je peux adorer un film vu dans un contexte plaisant, attaché à des souvenirs agréables et le revoir un jour avec un regard un peu plus neuf et ouvert et trouver que c’est fade. Je doute d’un sentiment inverse concernant Kingsman 2. Les effets spéciaux sont les mêmes que sur le 1, Julianne Moore n’est pas frachement intéressante dans le rôle qu’elle campe, l’humour y est bien à l’américaine, bref… Je ne l’achèterai pas, celui-ci.

Après le visionnage du premier épisode je n’étais pas vraiment emballée par la série Godless. J’ai bien fait de persévéré car j’ai regardé tous les autres épisodes avec une impatience croissante. D’odinaire je ne suis pas fan de l’univers western. Je ne m’y retrouve pas, ni d’un point de vue esthétique, ni en terme d’histoires et de problèmatiques, les intrigues sont plates et hyper ethnocentrées/machistes. Toujours des affaires d’honneur à la con, de flingues etc… J’ai bien aimé cette série parce qu’elle change clairement avec ce que je regarde d’habitude, ça me permet de réviser tranquillement mes nombreux jugements en matière de divertissement. C’est l’histoire, banale, d’un mec qui est recherché par un groupe de hors-la-loi pour les avoir trahis. Ce mec arrive dans une ville qui a déjà vécu son lot d’emmerdes, avec, notamment, la disparition de presque tous les hommes (ceux en âge de se battre/procréer/travailler) dans l’explosion de la mine. Ce que l’on attend, tout au long de cette série (une saison uniquement) c’est l’affrontement, entre le traître, Roy Goode (Jack O’Connell ohfuckfuckfuck!!) et son père adoptif-le-chef-des-brigands, Franck Griffin (Jeff Daniels). À côté de ces deux personnages, une myriade d’autres, principalement féminines, évoluent dans ce monde sans hommes, ou presque sans hommes. On fait la connaissance d’Alice, veuve marginalisée, de Mary Agnes, la soeur du shériff, une sorte de butch du far west, Whitey, apprenti shériff très attachant alliant courage, valeurs morales et doigté de la gâchette, etc… Quel plaisir par ailleurs de voir Jessica Sula à l’écran. Je ne l’avais pas vue jouer depuis l’époque de Skins.

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C’est une série que je recommande car elle est facile à voir, rapide, elle allie à la fois code du western (duel, trucs de galipettes de flingues, chevaux, shériffes, vengeances), des données intéressantes sur le passé des différents personnages, des personnages féminines fortes, un combat final qui fait plaisir aux yeux et aux tripes.

J’ai espéré jusqu’à la fin voir Alice et Mary Agnes ensemble.

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J’ai lu aussi des livres, mais ils méritent clairement des articles dédiés. De plus, je n’ai pas encore pris suffisamment de recul sur Un troussage de domestique pour pouvoir écrire dessus de manières éclairée.

J’ai oublié de parler de Okja, mais j’ai besoin de le voir une seconde fois avant d’écrire dessus.

Ma liste de films à voir pour l’année 2018 est colossale et je vous demanderai donc d’être un peu indulgents si certains jours je suis un peu trop tranchée dans mes appréciations et pas suffisamment étayée. Bisous, bonne fin d’année, et n’oubliez pas, les deux meilleurs films de l’année sont Arrival et Mother!.

Photographie de Une: Mother!

Musique

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