À propos…

Mona-Lena, je vis entre ici et là-bas. Ce blog est un prétexte pour écrire sur ce qui me meut, ce qui m'inspire, ce que je perçois du monde en utilisant comme support le corps et le textile. Favorable à une mode instinctive et intuitive, je ne suis pas à l'aise avec les tendances et je ne sais absolument pas les « décrypter » ou les prédire. J'évolue également dans un milieu professionnel très éloigné de tout cet esthétisme puisque je suis éducatrice spécialisée dans la protection de l'enfance (titulaire du DEES). Je suis aussi une maman féministe et plutôt universaliste.

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300 bonnes raisons de vivre

25 Juil 300 bonnes raisons de vivre

Décidément, à croire que je commence à apprécier les articles intimistes, ou intimes tout au moins. C’est vrai que ma façon de ressentir ma grossesse était plutôt intime puisque sans filtres. Aujourd’hui, j’aimerais poursuivre la liste des 300 bonnes raisons de vivre que j’ai commencé en 2013 alors que je traversais une sale période. À l’époque j’en avais trouvé 119. Je pense qu’aujourd’hui, quatre ans plus tard il est temps de continuer cette liste au moins un peu.

Boire le thé le matin. Porter des Dr Martens. Sentir le parfum de ma mère en fourrant mon nez dans son cou. Dire de Ju qu’elle a un nez en pâte à modeler. Boire du thé à n’importe quelle heure de la journée. Laisser pousser mes cheveux pour qu’ils cachent mes seins quand je suis nue. Regarder un film le soir avec Max et m’endormir devant, systématiquement. Être accro à la levure de bière. Checker dix fois par jour ma page Tumblr et Etsy. Regarder des photos artistiquement pornographiques. Sauter dans le lit de ma sœur le Samedi, et le Dimanche, pour la réveiller à huit heures du matin et lui faire plein de guillis. Embrasser mon frère sur les deux joues car son bulletin de notes est excellent. Embrasser mon frère sur les deux joues car il est mon frère. Faire croire à mon Papa qu’il est le boss à la maison alors qu’on sait tous que c’est Maman. Cuisiner pour ma famille et mes proches, des salades pour me faire plaisir au nez, et des plats hyper riches pour faire plaisir à ma mère. Avoir un chez moi, quelque part, et que ça soit là où le foyer est le plus accueillant. Boire une bière fraîche en rentrant du boulot. Porter mon pendentif éléphant avec la trompe du côté du cœur. Mettre un porte jarretelle et des bas coutures sous un jean’s Volcom. Se faire piercer et tatouer pour s’approprier ce qui est déjà à soi. Écouter Portishead, allongée sur le sol et pleurer en fermant les yeux. Visiter la Suède, et se perdre au Mexique et courir sur les pavés ukrainiens et sillonner les forêts de l’Etat du Maine. Refaire les répliques et imiter les voix dans Gossip Girl avec Ju. Prendre en photo mon visage pour me souvenir quelle tête j’avais quand j’aurais quarante ans, puis soixante-dix. Ne pas vivre jusqu’à soixante-dix ans car c’est effrayant. Se baigner nue sur la plage avec « Partir là-bas » en tête et se prendre pour Ariel. Être entourée d’êtres extras aux personnalités affirmées et aux rêves merveilleux, porteurs. Être née fille et œuvrer à devenir une femme. Faire de l’indépendance une ligne de vie. Marcher seule dans la rue, la nuit, sous la morne lumière des lampadaires et faire claquer mes talons sur le goudron humides pour posséder de leur son toute la ville. Regarder des séries. Se branler pour mieux dormir. Se branler pour le plaisir. Lacer mes Kickers en rentrant le bas du pantalon dedans. Sourire de toute la largeur de ma bouche pour me créer des pommettes. Aimer infiniment et inconditionnellement. Tomber amoureuse d’une personne dont on est déjà amoureuse. Se promener en forêt l’Été. Mettre au monde un enfant pour assister mi-confuse mi-émue à l’incroyable évolution d’un être humain qui est au-delà de toutes les autres vies humaines. Être troublée par la beauté du rouge du sang qui coule lorsque je me coupe en cuisinant. Dreader mes cheveux. Me maquiller jusqu’à ce que je sois très moi en ne l’étant plus du tout. Rencontrer des personnes improbables que j’oublie et des personnes banales qui restent. Chérir des souvenirs d’enfance et les revisiter en mémoire comme on ouvre un album photos. Boire du Baileys à s’en faire péter la tête, être triste et ne plus trouver de raison de vivre, jusqu’au lendemain matin. Plonger les doigts dans sa barbe quand je l’embrasse. Jouir, épuisée et en sueur, seule ou accompagnée. Voir Ju monter Unoki et être jalouse de ne partager rien de tel avec personne. Avoir un talent inutile, comme l’hyper-élasticité. Faire vœu de solitude. Écrire à S, et attendre fiévreusement ses réponses. Constater des résultats positifs au boulot. Rencontrer Jim et Eva après plus de onze ans d’absence. Être fière de tout arracher sur mon passage, et honteuse de me laisser abattre. Créer une chaine de sourires dès le matin en sortant de l’immeuble. Manger des makis. Écouter Breath me de Sia ou Teardrop de Massive Attack pour me souvenir de ce qui est vraiment important. Être motivée par un projet professionnel passionnant. Noircir des carnets entiers d’encre tordue et frénétique et espérer qu’ils seront lus par quelqu’un qui me connaît ou en aura envie. Partir en vacances, peu importe la saison, avec des êtres proches et inscrire ces précieux moments à l’album souvenirs de ma vie. Se plonger dans un livre et accepter d’être noyée par lui, refuser tout sauvetage hormis celui de l’épilogue. M’allonger dans l’herbe le 13 Août, au beau milieu d’un champ, le regard rivé sur la voûte céleste et me laisser bercer par le froid qui tombe et les bruits de la nuit. Voir mes frères et sœurs grandir, se construire, rêver. Apprendre à jouer quelques morceaux au piano mais ne jamais être musicienne. Regarder le ciel le matin dès mon réveil et essayer de deviner comment je vais vivre la journée. Écrire de véritables romans à certaines personnes et être incapable d’aligner deux phrases sur mes dossiers professionnels. Recevoir un coup de fil au milieu de la nuit. Amasser des tonnes de fringues jolies que je ne garde pas et quelques fringues moches que je chéris. Assister béate aux changements qui modèlent ma famille. Sentir mes yeux se brouiller lorsque je regarde des photos de Liv et Alex lorsqu’ils étaient petits. Nouer mes cheveux, les détacher, nouer, détacher, nouer, tresser, détacher. Aller dans une ville que je ne connais pas pour rencontrer quelqu’un que je ne connais plus. M’émerveiller de la voûte céleste en campagne et me moquer de celle de la ville, alors que c’est toujours le même ciel. Faire l’amour, sans retenue, toujours à la même personne, dans ma tête. Imaginer les prénoms que je donnerais à mes rejetons. Imaginer leurs visages, leurs passions. Payer pour un festival qui ne m’intéresse même pas mais auquel je veux participer pour être avec mes amis. Ne pas craindre la douleur physique. Sentir l’odeur du cuir vieilli. Me laisser berner par Stephen King. Vivre avec toutes les parts de moi, l’enfant, l’adolescente et la femme. Regarder un film dramatique et être bouleversée par la puissance des émotions humaines. Être bouleversée par la puissance de mes émotions d’humaine. Boire ma tisane le soir et réfléchissant au travail bien fait de la journée. Boire deux ou trois tisane le soir en réfléchissant à ce qui a merdé dans la journée. Porter sur moi, dans mon portefeuille, deux lettres reçues pour ma dix-septième année. Avoir parfois l’impression qu’il y’a du vent dans ma cage thoracique et que mon cœur soupire. Boire honteusement un petit verre en cachette le soir en imaginant que ça va m’aider à dormir et à chasser les idées tristes. Être en bonne santé globalement. Se construire chaque jour en essayant d’être au plus près d’une personne avec qui je voudrais vivre. Empêcher ma mère de jeter ses vieux foulards, ceux que j’aime tant, les vaporeux, qui sentent encore Maman. Tenir un blog mode tout en riant du ridicule de la situation. Avoir la chance d’avoir toujours le choix, d’être libre sans limites. Avoir un dictionnaire des synonymes et le feuilleter parfois au hasard pour apprendre de nouveaux mots, de nouvelles nuances. Me sentir soutenue quoique je fasse, quoiqu’il arrive, n’être jamais abandonnée. Aller au lac l’Été avec Ju et griller comme des petites vieilles au soleil tout en parlant stérilet, avenir, rêves, vergetures. Boire de la vodka black pour avoir la langue noire et les dents un peu bleues. Boire le chocolat à l’ancienne du Pub Henri IV. Déménager, changer de ville, d’habitudes, de rituels, mais garder cette base stable qui me fait moi. Être surprise, et dérangée, et béate, et adorer, toutes les émotions contradictoires qui me composent et m’épuisent, et me donnent de l’énergie. Être fière et humble, hautaine et rampante. Devenir une vieille dame dans un chalet au fond des bois avec une bibliothèque à faire pâlir d’envie Belle, et conter de merveilleuses histoires à des petits enfants, assis là en tailleur aux pieds du fauteuil. Devenir une vieille dame tatouée, piercée, sereine, qui peut se retourner sur son passé avec un sourire aux lèvres et rire très fort d’anecdotes farfelues. Danser mon premier slow, un jour. Chaque Été, faire ce barbecue en famille, et se vautrer dans le hamac, et faire des photos, et s’asperger d’eau, et faire râler mon père, et faire crier ma mère, mais surtout les faire rire. Me casser la gueule, un nombre incalculable de fois, tout à fait métaphoriquement, et me relever, à chaque fois. Laisser les gens changer ma vie un peu, par leur impact sur ce que je suis. Conduire très vite la nuit, là où il n’y a personne. Changer de coiffure autant de fois que je le veux. Changer de métier. Découvrir de nouveaux morceaux musicaux. Faire la femme pressée alors que j’ai tout mon temps, mais j’ai pas assez de temps. Aller à mon premier festival de métal. Faire un roadtrip, accompagnée, seule, par de la musique ou une personne. Couvrir des murs de peintures, de cadres, de photos, d’histoires. Écrire la biographie de ma mère. Participer au Burning Man. Emmener mes enfants à l’école et les récupérer le soir, ou leur père, ou qu’ils aillent à la garderie parce que c’est aussi ça la vie. Être vraie. Accepter d’être transcendée, dépassée par les choses.[…]

Envoyer des livres à des inconnus pour qu’ils me disent s’ils ont aimé ou s’ils se sont ennuyé. Composer mes petites mixtures, masques ou soins pour nourrir mes cheveux, seule fierté physique. Acheter des bouquins par dizaines que je mets des années à lire. Faire des listes pour rien, pour tout, pour ne pas oublier, pour garder. Écouter ses éclats de rire avec un feu d’artifice dans la tête. Emménager, déménager, toujours. Boire de la Troussepinette. Me faire de véritable dialogues, silencieusement, dans ma tête, pour confronter mes idées les unes aux autres. Cuisiner par plaisir, découvrir des goûts. Aimer le kitsch autant que la sobriété, le classicisme ou le modernisme. Assister aux progrès de mon enfant, le féliciter et l’encourager et le disputer quand il le faut. Voir son sourire aux coins aigus quand il baisse les yeux, sans même entr’ouvrir les lèvres. Accepter de ne pas comprendre, de ne pouvoir se projeter, même si c’est difficile. Osciller sans cesse entre l’intellectualisation de TOUT et le fonctionnement à l’intuition. Recevoir des colis. Toutes les semaines. Boire un Coteaux du Layon. Me trouver, me comprendre, me découvrir un peu plus chaque jours. Vivre avec le moins de complexes possibles pour gâcher le moins de temps possible dans ma vie. Ouvrir un livre en son milieu et humer son parfum d’encre neuve et de papier propre, de poussière ou de grenier humide. Plonger parfois dans ma boîte à souvenirs et en ressortir mi-nostalgique mi-assurée. Ne pas comprendre sa musique et espérer qu’un jour il sera et fera ce qu’il veut. Partir en vacances avec mon petit, dans un camion, sillonner les routes et adorer ce que l’on découvre, de l’aube au coucher du soleil. M’asseoir dans des gares et regarder le temps filer avec les voyageurs. Rêver chaque nuit, avoir cette vie secrète nocturne, même si elle est peuplée de cauchemars et de tabous. Écrire à mon fils, de temps en temps, dans un petit cahier, imaginant le lui remettre quand il sera grand. L’embrasser sur ses joues rebondies, et qu’il m’embrasse en passant ses bras autour de ma nuque. Acheter des chaussures à talons que je ne peux pas porter. Ouvrir un café-librairie et y tenir des réunions débats. Avoir peur qu’il lui arrive tout, et vouloir qu’il lui arrive tout, vouloir qu’il vive. Savoir que ma vie peut changer, quotidiennement, à tout moment, et ne rien considérer d’acquis ni de figé dans le temps. Acheter et lire des ouvrages d’art, dans toute sa globalité et sa spécificité.

Photographie de Une: L’esquisse d’un regard, l’ébauche d’une danse des prunelles.

Musique

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